mercredi 17 janvier 2018

Antonio Purroy Comportement du taureau de combat 3 - questionnaire

   L'ouvrage d'Antonio Purroy (publié en 2003 en Espagne) se termine par une enquête auprès de toreros, éleveurs, critiques taurins et aficionados.
   Voici, pour alimenter nos réflexions hivernales, quelques extraits de réponses données concernant les problèmes du toro et l'évolution de la corrida.

   "Plus on recherche une charge douce et répétée, plus on réduit le taureau sauvage. Et l'on en arrive trop souvent à voir ces animaux, ni braves, ni solides, ni mobiles, ni encastados, ... ceux que l'on appelle sosos: fades, sans charge ni tonus, littéralement vidés de leurs qualités, du fait d'une sélection à l'envers."     Miguel Darrieumerlou, critique   p.251

   "Je pense qu'on recherche un taureau qui ait toutes les vertus pour permettre de faire un toreo toujours plus esthétique et, par conséquent, toujours moins profond. A ce que je crois, la Fête évoluera dans le chemin où va le taureau; j'espère que ce sera celui de l'émotion et des faenas profondes."    Manolo Vázquez, matador    p.229

   "Je ne crois pas trop à l'idée de standardisation des encastes, car, pour un même encaste, on constate des différences énormes de comportement au bout de quelques années, selon la politique de l'éleveur. Je pense en revanche qu'il serait nécessaire qu'il y ait des élevages d'État, sans but lucratif, avec des réserves génétiques diversifiées, qui puissent servir à la fois de "conservatoire" et de "laboratoire" du sang brave.
   Il y a deux discours classiques. Un certain discours torista pour lequel le taureau dégénère sans cesse, un certain discours torerista pour lequel les taureaux d'aujourd'hui sont plus braves que jamais. Tout cela relève du mythe. Ce qui est vrai, ce sont les choses suivantes : il y a de moins en moins de vrais mansos (en querencia, impossibles à piquer, banderilles noires, etc.), et d'autre part, il y a aussi de plus en plus de toros nobles (mais moins d'invalides qu'il y a quinze ou vingt ans).
   Cette double évolution est le fait de l'évolution du toreo et de sa pression sur le marché. Il y a une sorte de cercle que l'on peut résumer de la façon suivante : à chaque époque, certains grands toreros réussissent "techniquement" à faire avec les taureaux de leur présent ce que les autres toreros ne réussissent pas aussi bien : ils toréent plus près, plus immobiles, plus long, plus lié, etc. Le public les plébiscite, les autres toreros tentent de les imiter. Cette double pression (des toreros et du public) sur le marché oblige les éleveurs à faire évoluer leurs taureaux dans le sens d'une nouvelle définition de la bravoure. Des éleveurs apparaissent qui achètent dans le rameau de sang brave qui réussit le mieux à cette époque et qui tend à prendre le dessus sur les autres. Un nouveau type de taureau s'impose correspondant à cette double évolution."   Francis Wolff, aficionado   p.276

photo Laurent Bernède


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