Corrida de Baltasar Iban
Une corrida qui n'a jamais décollé et s'est finie sous la bronca. Pourtant tous les éléments étaient réunis pour une après-midi intéressante : une ganaderia dont les toros sont parmi les plus braves de la terre d'Espagne et trois matadors attendus avec intérêt par les aficionados pour avoir déjà fait leurs preuves sur le sable vicois.
Les Baltasar Iban sont remarquablement présentés ... sauf le dernier qui est quasiment deux fois plus petit et a des cornes deux fois moins longues que ses frères. Il sera accueilli par une bronca et sa lidia ne sera pas prise au sérieux. Et puis il y eut le quatrième, querencioso à l'extrême, qui va mettre en grande difficulté son matador. Les autres ont un comportement intéressant.
Morenito de Aranda parait totalement hors du coup. Sa déficience à l'épée, bien connue, atteint aujourd'hui des sommets (pitos). José Garrido se contente de beaux détails, notamment à la cape, et tue médiocrement. Juan de Castilla est actif mais sans réelle réussite.
Corrida de Miura
En faisant appel à la devise de Miura, les organisateurs vicois prenaient un risque certain. Les Cérétans gardent un souvenir cuisant de la tarde de 2017 et les dernières temporadas du fer ne sont pas pour sauter au plafond. La dernière corrida vue par votre serviteur pour la clôture du Pilar 2024 fut une ruine, tous les toros faisant preuve d'invalidité. Et bien le pari est gagné ! La course, bien présentée, fut toujours intéressante et elle connut un moment cumbre avec l'affrontement entre le cinquième miura et Damian Castaño. Pañoleto (est-il de la famille de Pañolero ?) s'était peu employé en deux piques et Damien commence la faena la montera vissée sur la tête. Les choses sont vite claires : le toro est inabordable à gauche et très dangereux à droite, raccourcissant sa charge et cherchant l'homme. Mais le maestro assume tous les risques. Il s'engage à fond et tente, par courtes séries droitières, de s'imposer à la fiera. C'est un combat de tous les instants qui porte l'émotion de la plaza à son comble. Tout le monde espère que l'estocade sera réussie. Elle l'est car le matador, survolté, s'engage de toute son âme, le toro résiste, finit par tomber, la main du puntillero ne tremble pas. Grosse oreille pour Castaño et merci pour ce grand moment, le meilleur de la feria avec le tercio de pique de Langosto hier, et à coup sûr un des grands moments de la temporada dans la région.
Par ailleurs deux toros braves, nobles, avec une belle charge au troisième tiers (les 1 et 2). Il fallait un invalide, ce sera le 3 remplacé par un beau mais fade Yonnet.
Pepe Moral était venu toucher le cachet sans risquer un poil. Mission accomplie. A ne plus revoir.
Gomez del Pilar encore malheureux au sorteo.
Cette feria, pas aussi réussie que les cartels pouvaient le laisser espérer, pose le problème de l'équilibre entre les différents public vicois. On sait que la feria est conçue pour essayer de satisfaire un public toriste. Mais elle vit aussi de l'apport du grand public. Or à trop privilégier la frange radicale de la partie toriste on risque d'éloigner le grand public qui ne trouve plus son compte. C'est l'éternelle quadrature du cercle que les Vicois ont d'ailleurs toujours su assez bien gérer. Ce qui m' a paru problématique cette année c'est le tercio de pique. On a subi abondance de tercios mal donnés par des picadors médiocres alors que plusieurs excellents piqueros ont été absent de la feria. Ensuite on a l'impression que, à l'image de la feria espagnole ''Tres Puyazos'', on cherche à imposer systématiquement aux toros une troisième voire une quatrième pique. Or cela ne se justifie que si le toro s'est montré brave sur les deux premières rencontres afin de confirmer et mettre en valeur cette bravoure, ou bien s'il est extrêmement puissant et qu'il parait nécessaire de réduire cette puissance. Dans tous les autres cas la poursuite du tercio de pique est superfétatoire, plus encore si le piquero a montré sa maladresse ou son mauvais vouloir lors des deux premières rencontres.
Photo L. Bernède : Juan de Castilla face au troisième Baltasar Iban

1 commentaire:
Totalement d'accord avec ta remarque sur la surenchere quasi systematique de certaines plazas concernant le tercio de pique!
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