lundi 30 mars 2026

Croquis de la fête taurine (poèmes 20)

 
Juan Bautista
 
Aux jours inspirés devant des toros gris
la percale 
et la soie
comme l'enchantement d'un bonheur infini. 
 
 
 
Alberto Lamelas
 
Homme simple au courage de basse besogne
maître de la peur
et maître du sauvage
alchimiste des ennuis de la vie ordinaire.
 
 
 
Alejandro Talavante
 
Droit comme un i fragile comme une ombre
tu as
cherché
les clés de la géométrie taurine. 
 
 
 

 


 

dimanche 15 mars 2026

Le temple (3)

 Ralentir
 
   Si le mot templar signifie en espagnol accorder, harmoniser (templar una guitarra), il signifie avant tout modérer, adoucir, tempérer. Il faut donc bien convenir qu'il y a dans cette idée de temple en tauromachie une idée qui va plus loin que celle de s'accorder et qui est de transformer la charge du toro de façon à la rendre moins brusque, moins rapide. 
   Ainsi le dit Auguste Laffront "Paco Tolosa" dans La corrida, tragédie et art plastique :
 
'' "Templar", c'était, à l'origine, déplacer l'étoffe dans une cadence adaptée à la vitesse du taureau et maintenir le leurre, cape ou muleta, à une distance toujours égale du début à la fin de la manœuvre. Depuis Belmonte, "templar" marque une idée de lenteur et signifie modérer, freiner, ralentir la course de la bête, l'obliger à régler son allure sur les mouvements du leurre, de façon que celui-ci puisse être mû avec le maximum de lenteur et de suavité possibles."
 
   De même qu'André Viard dans Comprendre la corrida, un matador explique :
 
'' Cette faculté à épouser le rythme du toro puis, à l'intérieur de l'équilibre obtenu, à régler la vitesse de sa charge en la ralentissant a pour nom le temple (du latin temperare,tempérer).
"S'il parvient à templar sa charge, le torero va transformer l'élan brusque, rectiligne et impulsif du toro en une embestida mesurée, courbe et prolongée."
 
 Pour François Coupry (Torero d'or) c'est la relation quasiment magique qui s'établit entre torero et toro qui ouvre la voie du temple comme ralentissement de la charge. Une forme d'hypnose voire de tendresse.
 
"Cette magie est commune à tout temple de tout torero - à partir d'un certain moment si le temple se déroule précis, si la muleta demeure toujours à la même exacte distance des cornes du taureau, elle imposera son rythme, sans subir celui du taureau. [...]
"Là, dans ce sens suprême du temple, il s'agit, avec un taureau complètement hypnotisé, avec un taureau en parfait accord avec le torero, de freiner, adoucir, murmurer sa charge. Là, vraiment pour le spectateur se vivra la plus totale affection, entre un taureau et un torero. La douceur. Cette tendresse. Plus question alors - par cet extraordinaire retournement - pour le taureau de vouloir tuer ; mais, au contraire, de ne plus vouloir attraper la muleta, de ralentir, lui, quand elle ralentit, elle ! Alors, oui, vient l'impossible. La tendresse entre un homme et un taureau." 
 

 
  Discours de même teneur chez Pepe Luis Vazquez (F. Zumbiehl, Des taureaux dans la tête), le grand artiste sévillan de l'après-guerre civile, pour lequel la relation qui se noue entre l'homme et l'animal permet au temple d'advenir :
 
" Au début, c'est le taureau qui indique à l'homme la vitesse adéquate. Mais peu à peu ce dernier, s'il est bon, parvient à ralentir cette vitesse et à l'accorder avec lui-même. Là est toute l'intelligence, la science, et l'histoire de la tauromachie. 
" Le temple est une question d'intuition. Cela vient moins de la tête que du cœur, du sentiment. On est d'abord sur ses gardes, un peu crispé, et on essaie de mettre le taureau à la bonne cadence. Quand on y est arrivé, on se relâche, et la bête est tellement en harmonie avec l'homme, qu'il semble que celui-ci lui inculque son propre relâchement. Elle prend un autre rythme et épouse le temple. C'est une chose voluptueuse. C'est comme si on était avec une personne anxieuse et agressive, et qu'on lui montrait ou lui disait quelque chose qui l'apaise."  
 
 

 
S'il y a dans le temple de la magie, de la volupté, de l'envoûtement, on peut se demander si le ralentissement du toro est bien réel ou s'il ne s'agit que d'une impression - ce fameux temps suspendu -, l'envoûtement opérant aussi sur le public. Ce qui est certain c'est que ces moments sont rares et fragiles voire miraculeux, comme nous le dit si bien Pedro Cordoba (La corrida) : 
 
''Le temple consiste à synchroniser le déplacement de la muleta et la charge du taureau, de telle sorte que la violence de l'animal soit comme absorbée par le leurre, envoûtée par sa lenteur. Il faut pour cela trouver la ''bonne distance'', être mû par les mêmes rythmes. On a alors l'impression d'un temps suspendu, d'une euphorie qui se poursuit jusqu'à l'insoutenable, d'un prolongement miraculeux de l'éphémère, d'un luxe pensif. De tels moment de grâce sont, comme tout miracle, extrêmement rares : on peut assister à des dizaines de corridas et en rester au pressentiment de ce qui aurait pu être et n'a pas été.'' 
 
 
    À suivre
 
 
    

mardi 10 mars 2026

Les trois ferias 2026

 
 

 
Samedi 25 avril
12h   novillada
Salvador Guardiola - Isaias y Tulio Vazquez
Joao d'Alva - Jesus de la Calzada
 
18h30   corrida
Prieto de la Cal - Reta de Casta Navarra
Sanchez Vara - Joselillo - Francisco Montero
 
 
Dimanche 26 avril
12h   corrida
Dolores Aguirre - José Escolar
Damian Castaño - Juan de Castilla - Maxime Solera 
 
 
 
 
Samedi 23 mai
11h   novillada
Aguadulce 
Gonzalo Capdevilla - Pedro Andrés - Pedro Luis
 
18h   corrida
Prieto de la Cal
Alberto Lamelas - Luis Gerpe - Maxime Solera
 
 
Dimanche 24 mai
11h   corrida concours
Saltillo - La Quinta - Partido de Resina
Benitez Cubero - Dolores Aguirre - Pagès Mailhan
Sanchez Vara - Roman - Isaac Fonseca 
 
18h   corrida
Baltasar Iban
Morenito de Aranda - José Garrido - Juan de Castilla
 
 
Lundi 25 mai
11h   novillada sans picadors
Le Lartet
Realito - Rémy Asencio -  X
 
17h   corrida
Miura
Pepe Moral - Damian Castaño - Gomez del Pilar 
 
 
 
Samedi 11 juillet
11h   novillada
Partido de Resina - Barcial
   Mario Vilau 
 
18h   corrida
Dolores Aguirre
Sanchez Vara - Damian Castaño - Luis Gerpe 
 
Dimanche 12 juillet
11h   novillada
Isaias y Tulio Vazquez 
Valentin Hoyos - Jesus de la Calzada
 
18h   corrida
 José Escolar 
Antonio Ferrera - Juan de Castilla - Maxime Solera 
 
 
   Les trois classiques ferias toristes font la part belle aux fers les plus sérieux. C'est, avec une présentation irréprochable, ce que l'on attend d'elles. On surveillera avec attention le retour des novillos de Salvador Guardiola et d'Isaias y Tulio Vazquez; ces deux élevages, qui ont fait les beaux jours de l'aficion jusqu'au début de ce siècle, peuvent-ils renaître de leurs cendres ? On ne peut que le souhaiter.
   Les organisateurs vicois, en programmant les Miura, ont fait un pari osé. D'autres avant eux s'y sont cassés les dents (Céret 2017). Pourvu que leurs cornes tiennent bon ! On regrettera, toujours à Vic, l'absence d'un lot complet de Dolores Aguirre. En revanche la liste des élevages de la corrida-concours a fière allure.
   Du côté des matadors, quatre d'entre eux sont annoncés dans les trois ferias : Sanchez Vara, Damian Castaño, Juan de Castilla et Maxime Solera. C'est tout à leur honneur mais témoigne d'un vivier de matadors assez étriqué pour ce genre de course.
   La feria del Aficionado à San Agustin del Guadalix a pris l'habitude d'annoncer le nom des picadors sur ses affiches : une excellente initiative ! 
   
   Mentionnons enfin le magnifique cartel de Saint Martin de Crau qui marquera le départ des festivités le samedi 18 avril : Saltillo - Cuadri, Alberto Lamelas - Pepe Moral - Adriano.
 

                     Pour plus d'information cliquer sur le nom des villes en bleu

mardi 24 février 2026

Le temple (2)

 

 
   Le concept de temple soulève plusieurs questions. Templer, est-ce s'adapter parfaitement au rythme du toro, que celui-ci soit rapide ou lent ? Ou  bien est-ce réussir à ralentir la vitesse de charge du toro ? Ou peut-être pouvoir  simplement donner l'impression que l'on ralentit cette charge ? Sans oublier le cas particulier et inverse où le torero va quasiment accélérer la charge du toro en obligeant un animal rétif ou statique à charger le leurre et à y prendre goût. 
 
Templer c'est toréer au même rythme que le toro 
 
   Pour Cossío comme pour Corrochano, templer c'est s'adapter parfaitement à la vitesse du toro. 
 
   "El temple había sido condición de todos los buenos toreros, y se ha considerado como introductor de ella a Belmonte. El aficionado suele confundir el temple con la lentitud y es preciso aclarar este término. Templar no es sino adecuar la marcha y velocidad de la muleta a la embestida del toro. Creo que desde que se inventara el toreo no se ha podido torear bien de otra manera, y me parece temerario sostener que hasta Belmonte nadie había toreado bien.  [...]  Con mucha gracia e ingenio, el propio diestro, a alguien que le habló del temple como lentitud en el correr la mano, hubo de decirle : ''Es possible que fuera así; pero yo creo que se empezó a hablar del temple el año de la glosopeda.'' La humorada encerraba una grave lección." 
 
   ''Le temple avait été la qualité de tous les bons toreros, et on a considéré Belmonte comme en étant l'introducteur. L'aficionado a l'habitude de confondre le temple avec la lenteur, il est donc nécessaire d'éclaircir ce terme. Templer n'est rien d'autre qu'adapter la marche et la vitesse de la muleta à la charge du toro. Je crois que depuis que l'on a inventé le toreo il n'a pas été possible de bien toréer d'une autre manière et il me paraît téméraire de soutenir que jusqu'à Belmonte personne n'avait bien toréé.  [...]  Avec beaucoup d'humour et d'esprit, le propre diestro, à quelqu'un qui lui parlait de temple en tant que lenteur dans la manière de courir la main, dut lui dire : "Il est possible que cela ait été ainsi, mais moi je crois que l'on a commencé à parler de temple l'année de la fièvre aphteuse." 
 
   On notera l'hommage rendu par Cossío aux grands toreros de l'ère pré-belmontine en soulignant que le sens du temple, que l'on n'a conceptualisé qu'à partir de Juan Belmonte, était nécessairement une qualité que possédaient les meilleurs toreros à toutes les époques de la tauromachie. On notera aussi l'ironie du Trianero; une manière de dire : non je ne pense pas avoir ralenti la vitesse de charge de mes adversaires, mais si ça vous fait plaisir de le croire ...
 
 
   En parfaite adéquation avec ses positions toristes, Jean Pierre Darracq "El Tio Pepe" ne pense pas non plus que l'on puisse ralentir la charge du toro. Dominer le toro oui, mais le dresser comme on le ferait d'un animal domestique, non !
 
   ''Public d'ailleurs circonvenu par une fausse conception du temple, associé à l'idée de lenteur alors que sa signification correcte est celle de l'ajustement de la cadence du leurre à la vitesse d'attaque de l'animal. Mais c'est le toro qui décide, si j'ose dire, non l'homme. Quand l'embestida est elle-même templada, la passe le sera également, pourvu que l'exécutant soit un garçon doué. Au contraire, chaque fois qu'un torero prétend imposer un rythme à la charge du toro il se fait désarmer : capes déchirées, arrachées ; muletas envolées ; piètre résultat !" (Genèse de la corrida moderne) 
 
 
Un qui lui non plus ne croit pas le moins du monde à la possibilité de ralentir la charge du toro c'est Paco Camino. Dans ses propos recueillis par François Zumbiehl (Le discours de la corrida) il ne mâche pas ses mots.
 
   ''À mon avis, toutes les belles théories sur le temple sont une fumisterie.  [...]   Je voudrais bien savoir comment on peut templer un taureau ou une vache qui surgissent à toute allure ; ils arracheraient la cape. Il ne s'agit pas d'autre chose que de savoir s'adapter à la charge de la bête ; il est impossible de créer ou d'imposer le ralenti. Évidemment, si on a affaire à une mule qui fait deux mètres en une demi-minute, la passe va durer le même temps.''
 
   Et pourtant, je garde précieusement en mémoire les chicuelinas qu'il donna à Las Ventas en 1977 à un toro de Baltasar Iban. Par la vertu de la grâce et du temple, il transmuta ce jour-là cette passe qui peut être si vulgaire en or pur. Parfaite adaptation au rythme du toro ? ralentissement de sa charge ? ou simple impression de la ralentir ?
 
 
À suivre 
 
     
    

mercredi 11 février 2026

Mont-de-Marsan : les cartels de la Madeleine 2026

 Mardi 21 juillet
21h30   concours landais
 
Mercredi 22 juillet
18h   corrida
Jandilla
Borja Jimenez - Roca Rey - Marco Pérez
 
Jeudi 23 juillet
11h   novillada sans picadors
Lartet - Camino de Santiago
 
18h   corrida
Escolar Gil
Antonio Ferrera - Pepe Moral - Dorian Canton 
 
Vendredi 24 juillet
18h   corrida
Zacarias Moreno
Miguel Angel Perera - David de Miranda - Tristan Barroso
 
Samedi 25 juillet
11h   novillada
José Cruz
Emiliano Osornio - Julio Norte - Clovis
 
18h   corrida
J. P. Domecq - La Quinta - D. Ruiz - V. del Rio - Adolfo Martin - Fuente Ymbro 
                                    Daniel Luque 
 
Dimanche 26 juillet
18h  corrida 
Victorino Martin
Morenito de Aranda - Roman - Juan de Castilla 
 
 
   Pour cause d'élections municipales, les cartels ont été annoncés très précocement cette année. Ils comportent deux affiches d'un intérêt supérieur; le jeudi avec la corrida d'Escolar Gil et le dimanche, pour la clôture, avec celle de Victorino Martin. Et un évènement extraordinaire, l'encerrona de Daniel Luque. Par ses qualités de dominateur et d'artiste, sa capacité à tirer profit de tous les toros, le Sévillan est actuellement le matador le plus à même de réussir l'exercice périlleux du seul contre six. L'an dernier à Vic, Morenito de Aranda, très contracté tout au long de la tarde, n'avait pas eu le rayonnement que l'on pouvait espérer. En 2021, sur le sable du Plumaçon, Antonio Ferrera, avec son professionnalisme et son entregent, avait assuré le spectacle face à six Adolfo Martin.
   Pour ce solo, l'elenco ganadero paraît équilibré avec quatre toros d'élevages estampillés domecq et deux possédant du sang saltillo. En revanche, le choix des toros de Zacarias Moreno le vendredi et des novillos de José Cruz le samedi matin laisse dubitatif au vu de leurs médiocres sorties récentes.
   En ce qui concerne les deux corridas toréristes, on notera l'absence de Morante de la Puebla, Pablo Aguado, Clemente, Juan Ortega. Les organisateurs ont visiblement privilégié les donneurs de passes au détriment des artistes.
 
 

 

mercredi 4 février 2026

Le temple (1)

 
   Voici le début d'une série sur le temple. Bien sûr le sujet est un peu rebattu, mais il est riche de nombreuses réflexions  qui ne sont jamais sans rapport avec la conception que l'on se fait de la tauromachie. À travers les écrits de plusieurs auteurs taurins ainsi que les propos de certains toreros, il s'agira de tenter de définir et d'approfondir ce concept de temple en prenant en compte la diversité des approches.
   Le nom temple et le verbe templar sont d'une utilisation assez récente dans l'histoire de la tauromachie. Ils sont absent de toute la littérature taurine antérieure au XXe siècle. Ni Pepe Hillo dans sa Tauromaquia (1796), ni Paquiro dans sa Tauromaquia completa (1836) ne les utilisent. Pas plus que Sanchez de Neira ne les mentionne dans son Diccionario tauromáquico de 1879. À ce stade, je me dis que je pourrais peut-être piocher quelque information du côté de l'intelligence artificielle. Et là, je suis estomaqué. En moins de dix secondes l'IA que je consulte (gratuite, donc la plus simple qui soit) me donne toutes les informations dont elle dispose, parfaitement classées et explicitées, sur les premières apparitions du mot temple dans le vocabulaire taurin. Léger vertige : j'essaie de penser aux conséquences positives et négatives pour nous les humains de la puissance de cette chose. Mais le lendemain à la question posée un peu différemment peut-être, la machine me donne une réponse sensiblement différente. Me voilà à la fois consterné et rassuré : la machine n'est pas fiable; elle a, comme nous, sa vérité du moment.
   En 1908, dans son livre Teoría del toreo, Amos Salvador, sans utiliser le mot temple, souligne la nécessité pour toréer d'adapter la vitesse du leurre à celle de la charge du toro. Deux ans plus tard, en 1910, Ricardo Torres "Bombita", dans Intimidas taurinas y el arte de torear, emploie pour la première fois semble-t-il le verbe templar dans le sens technique actuel.
 
   "Yo, aficionado, me fijería más en el terreno que pisase el diestro, en que éste citase con pierna contraria, templase con la muleta, recogiera con los vuelos y sin moverse estuviera preparado para el otro pase."
  " Moi, en tant qu'aficionado, je prêterais davantage attention au terrain que le torero occupe, au fait qu'il cite avec la jambe contraire, qu'il temple avec la muleta, qu'il recueille la charge avec les vuelos et sans bouger soit prêt pour la passe suivante."
 
   Etonnante et admirable définition du toreo classique, toujours en vigueur plus d'un siècle après ! Mais qui ne semble pas avoir été partagée en 1910 puisque le maestro continue : "Pero al fin estos no son mas que criterios míos, y conozco que no es fácil llevar mi convicción al público."
  '' Mais en fin de compte ce ne sont que mes propres critères, et je reconnais qu'il n'est pas facile de faire partager mes convictions au public." 
 
   Théoriser est une chose, mettre en pratique en est une autre. Or il se trouve qu'en 1913 un certain Juan Belmonte est intronisé matador de toros, il sera le premier à réussir à templer les toros de manière fréquente, dès lors la notion de temple prendra de plus en plus d'importance pour les toreros, le public et la critique. Gregorio Corrochano sera le premier à théoriser clairement le temple comme concept technique mais aussi esthétique. ¿Que es torear? publié en 1953 pour la première fois est l'aboutissement d'une réflexion entamée dès les années 10 sous l'influence de la tauromachie de Juan Belmonte. 
 
   "Temple es un vocable preciso que pone de acuerdo sonidos, instintos y movimientos. Se templan las cuerdas de una guitarra para buscar la armonía; se temple el toreo, esto es, se busca la harmonía del movimiento del toro que acomete y del movimiento del torero que torea; se temple el instinto con el instinto; para torear hace falta temple. [...] Templado no es igual a lento, aunque alguna vez, para templar a un toro muy lento, se le haya toreado con lentitud. El temple depende del toro. [...] Si se lleva el instrumento del toreo a más velocidad del temple del toro, éste puede llegar a perder o variar el objeto de su codicia, modificar la acometida, destorearse si iba toreado, y hasta rematar en el bulto. Lo menos que puede acontecer es que la suerte se malogre, no se remate y, por lo tanto, no se ligue el toreo. Si se torea con lentitud, si se lleva el instrumento de toreo a menos velocidad del temple del toro, éste derrota en el trapo donde le alcance, y allí termine la suerte, que no es donde se debe terminar, sino antes. [...] Ni con más rapidez, ni con mas lentitud : con temple. Que una vez podrá parecer rápido, si es rápido y fuerte el toro en acometer, y otra vez parecerá lento, muy lento, si el toro tiene poca codicia, poca fuerza y pocas ganas de pelea. Esto es el temple en el toreo. Hay una palabra en el campo andaluz, tan expresiva, acompasada y musical, que ajusta el toreo y el temple en una misma definición : torear al son del toro. Torear a son, a compás, llevar el son con ritmo musical; eso es temple y eso es torear."
 
   "Temple est un mot précis qui met en accord sonorités, instincts et mouvements. On accorde [se templa] les cordes d'une guitare pour chercher l'harmonie; on accorde [se templa] le toreo, autrement dit, on recherche l'harmonie entre le mouvement du toro qui charge et le mouvement du torero qui torée; on harmonise deux instincts; pour toréer le temple est nécessaire. [...] Templé n'est pas synonyme de lent, bien que parfois, pour templer un toro très lent on l'aura toréé avec lenteur. Le temple dépend du toro. [...] Si l'on déplace le leurre plus vite que le rythme du toro, celui-ci peut en arriver à perdre ou changer l'objet de sa convoitise, à modifier la charge, à ne plus être toréé s'il l'était, et jusqu'à attraper le corps. Le moins qu'il peut arriver est que la passe se rompe, ne se termine pas et, par conséquent, le toreo ne soit pas lié. Si l'on torée avec lenteur, si l'on déplace le leurre moins vite que le rythme du toro, celui-ci derrote sur le leurre, l'atteint, et ainsi se termine la passe avant sa conclusion normale. [...] Ni trop rapide, ni trop lent : avec temple. Parfois cela pourra paraître rapide, si le toro est rapide et fort dans sa charge, une autre fois cela paraîtra lent, très lent, si le toro possède peu d'envie, peu de force, peu de désir de combattre. C'est cela le temple dans le toreo. Il y a un mot dans la campagne andalouse, si expressif, cadencé et musical qui ajuste le toreo et le temple en une même définition : toréer ''al son'' du toro. Toréer au son, en mesure [a compas], porter le son avec un rythme musical; c'est cela le temple et c'est cela toréer."
 
 
     Ce qui renforce l'intérêt de cette définition devenue classique  c'est que Corrochano ne se contente pas de l'aspect purement matériel, physique de l'action de templar mais qu'il parle aussi d'instinct, d'harmonie, de rythme musical, de torear al son, al compas. Il ouvre ainsi de vastes horizons au toreo, qui vont bien au delà de l'aspect métronomique à quoi pourrait se réduire une définition trop mathématique du temple. 
 
 
 
   On peut penser qu'il est  par définition impossible de rendre compte par un instantané d'une notion qui concerne le temps, la       durée. Mais, comme tout art, la photographie, possède ses mystères. 
 
 
à suivre ...
 

dimanche 18 janvier 2026

S'informer

 
   Il ne peut y avoir d'aficion sans moyens d'information. Il faut rendre compte de ce qu'offre la fête taurine pour informer mais aussi pour former. Ce que dit la presse a également pour vocation de peser sur les organisations. Condamner le non-respect de l'éthique taurine, soutenir les ganaderos scrupuleux et les matadors sincères est important dans un milieu qui  a tendance à réclamer toujours moins de règles et plus de facilités, à l'encontre de ce qui constitue l'essence de la corrida.
   Dans le domaine de l'information taurine la France ne semble pas la plus mal lotie. Outre le mensuel Tauro Mag et l'hebdomadaire numérique Semana Grande, il y a bien sûr la doyenne des revues taurines mondiales Toros.
 

    2256 numéros et cent ans au service de l'aficion ! Le bénévolat et la passion de ses rédacteurs ainsi qu'une ligne sans compromissions sont les éléments-clés de cette longévité. 
   L'album publié à l'occasion du centenaire retrace l'histoire de la revue mais constitue aussi un formidable condensé de l'histoire de la corrida depuis un siècle. La multiplicité des rédacteurs n'a pas empêché une unité de point de vue dans le traitement de tous les évènements importants qui ont marqué ces 100 dernières années. 
 

   
   
   Mais de nos jours l'information passe aussi par internet qui fourmille de sites spécialisés dont certains sont capables de donner des informations quasiment en temps réel (ce n'est pas une nouveauté, la radio en est capable depuis près d'un siècle, mais aujourd'hui tout un chacun peut le faire à partir d'un simple ordinateur) ou plus simplement de donner le lendemain toutes les informations importantes de la veille. Dans ce créneau, c'est avec regret que nous avons appris l'arrêt en ce début d'année de deux sites majeurs : Corrida Si animé par Pierre Vidal, qui faisait preuve d'une ouverture d'esprit pas si fréquente dans le milieu, et Toros 2000 de Patrick Beuglot, qui avait ses antennes dans les pricipales arènes de la planète taurine. Corrida Si s'est proprement volatilisé (n'est-ce pas le sort de toute production numérique ?), mais Toros 2000 a annoncé qu'il se maintiendra en tant  banque de données (un quart de siècle des principales ferias espagnoles et françaises, ce n'est pas rien).
   Bien sûr d'autres sites existent notamment l'excellent Tertulias. On peut trouver la plupart d'entre eux sur la bande de droite de ce blog.
   On déplorera cependant le désengagement de la chaîne publique de télévision France 3 sous la pression des antitaurins (sans que l'aficion ne réagisse) ainsi que les fluctuations de la presse  quotidienne régionale. 
   Du côté espagnol, si la voix de nombreux blogs s'est aujourd'hui tue, il existe pléthore de sites d'information. Contrairement aux sites français qui sont le plus souvent artisanaux et liés à des personnes, les sites espagnols sont constitués en sociétés qui ont un enjeu  financier  et dont les capitaux viennent pour beaucoup du mundillo taurin (Mundotoro en est un bon exemple). Pas étonnant, à ce compte, que leur capacité à émettre des critiques s'en trouve extrêmement émoussée.

jeudi 1 janvier 2026

Bonne année 2026 Feliz año nuevo



A Los Santos de la Humosa
un arenero fumeur de cigare
¡ Cómo no ! 
 
 
 
 
 
 
En avril à San Agustin del Guadalix
pour la feria des Trois puyazos 
les mules 
aussi
ont du trapío.
 
 
 
 
 
 
À Santander comme ailleurs
jeunesse
sur les gradins 
joie au cœur des vieux aficionados.