vendredi 24 mai 2019

Le toreo revu et corrigé

   Dans ce livre déjà ancien (il est paru en version originale en 2002), Domingo Delgado de la Camara a l'ambitieux projet de réécrire l'histoire du toreo. L'auteur rejette, en effet, les analyses de ses prédécesseurs, critiques ou historiens de la fiesta. Celles qui attribuent la création du toreo moderne à Juan Belmonte et qui voient Joselito comme le dernier des Mohicans, ultime et meilleur représentant de l'ancienne lidia du XIXème siècle. Pour l'auteur, José Gomez est bien plus que cela. En pratiquant le premier le toreo en rond, Gallito pose les bases du toreo moderne que Chicuelo puis Manolete porteront dans les décennies suivantes à un point de non-retour. Juan Belmonte, lui, est plutôt l'inventeur d'une esthétique qui servira de référence et d'idéal au toreo du XXème siècle.
   Poussant son analyse et prenant en compte toute l'histoire taurine du siècle passé, Delgado de la Camara en arrive à classer le toreo en six styles différents. Chacun est l'objet d'un long chapitre au cours duquel il étudie l'apport technique et esthétique de chaque torero important.

   - La lidia ancienne de style galliste basée sur la diversité du répertoire.
   - L'esthétique belmontiste basée sur les pieds ouverts et la poitrine en avant, au détriment de la ligazon.
   - Le style sévillan avec les pieds joints, l'importance des recortes et des ornements.
   - Le toreo moderne mis au point par Manolete.
   - Le néoclassicisme qui utilise la technique de Manolete au service d'une esthétique belmontiste.
   - Les exhibitionnistes du courage, enfin, avec l'école trémendiste d'Albacete et El Cordobes comme figure de proue.

   Chaque chapitre s'ouvre par un tableau qui montre la succession chronologique des toreros dans la constitution et l'évolution de chaque style.
   L'auteur n'introduit pas de hiérarchie entre les différents styles, il n'y a pas d'orthodoxes ou d'hétérodoxes, de bonne ou de mauvaise évolution, de truqueurs ou de toreros purs. Il y a tout simplement, dans chaque catégorie, de bons ou de mauvais interprètes, et chaque aficionado, selon ses goûts et sa personnalité, sera plus ou moins sensible à telle ou telle manière de toréer sans que cela puisse disqualifier celles qui n'ont pas sa faveur.
   Pour mener à bien son travail, Domingo s'est appuyé non seulement sur son expérience de spectateur mais aussi sur les nombreuses vidéos disponibles - en particulier celles de Fernando Achucarro et José Gan pour les époques antérieures aux années 70 - ainsi que sur la lecture des peu nombreux écrivains taurins en qui il a confiance, parmi lesquels il attribue une grande importance à Gregorio Corrochano et Pepe Alameda.

   La lecture de l'ouvrage est passionnante. Elle donne une vision claire et renouvelée de l'histoire du toreo, qui n'empêche pas l'aficionado chevronné de mener un dialogue imaginaire avec l'auteur lorsqu'il n'est pas d'accord avec ses jugements.

Domingo Delgado de la Cámara,  Le toreo revu et corrigé,  sources, parcours et styles dans l'art de toréer,  Loubatières,  2004

 
 

2 commentaires:

christian a dit…

livre commandé !!!

christian a dit…

livre reçu vamos a ver