samedi 5 février 2011

Au détour d'un livre

Au détour d'un livre, parfois, la surprise d'une métaphore ou d'une comparaison taurine. Si elle est réussie, c'est un vrai plaisir pour le lecteur aficionado.
Ainsi dans La forme d'une ville, consacré à Nantes, Julien Gracq évoquant les équipes de rugby locales :
"Ses rencontres avec le Vélo-Sport Nantais (bleu et rouge : le derby local) et avec le R. C. Trignac, ''l'équipe des hauts fourneaux'', célèbre, comme Bilbao pour les taureaux géants de sa plaza, pour son pack de superbes brutes, blindées par la fréquentation quotidienne de l'acier trempé, électrisaient la foule indigène."

Mais pour l'écrivain le risque est grand. Celui, s'il ne maîtrise pas le sujet, de tomber dans l'approximation ou le ridicule.
Dans Microfictions un recueil de plusieurs centaines de très courtes nouvelles, toutes plus ignobles les unes que les autres (il faut sans doute être capable d'une lecture très distanciée pour en apprécier la charge venimeuse contre notre société), Régis Jauffret écrit dans la nouvelle intitulée Muleta : "Je l'ai achevée, en me servant de la pique comme un toréador de sa muleta."
Ce qui ne manque pas de laisser perplexe l'aficionado.

Même la grande Nathalie Sarraute, dans Les Fruits d'Or, perd un peu la notion des terrains : "Comme le toréador qui fait le tour de l'arène, traînant sa cape négligemment, attrapant au vol avec une désinvolte élégance les oreilles et la queue, les chapeaux, les souliers que des gradins on lui lance, il salue."
Dommage, la phrase est bien tournée mais les oreilles et la queue ne sont pas du bon côté de la barrière!





Usage habituel de la muleta

3 commentaires:

pedrito a dit…

C'est sans doute la corrida telle que l'imagine Me Sarraute: loin de la lidia, cette chose méconnue des néophytes rêveurs, mais grâce et emphase dans les gestes et les mouvements, tout ce que l'on a pu retenir des belles lectures sur l'art du "toreador"
Un gran saludo, Velonero

Anonyme a dit…

Régis Jauffret peut être lu comme une sorte de répulsif à Philippe Delerm. Il nous montre la face la plus sordide de notre monde et de nous-même.Chaque jour les colonnes des journaux sont remplies de nouvelles aussi effroyables que les siennes.

Concertista

Yannick a dit…

Curieusement, les métaphores ne sont pas rares dans l'oeuvre de Gracq ; celle que vous citez n'est en effet pas malheureuse.
Je n'étais pas passé depuis longtemps. A tort ; cela fait beaucoup de bien de vous lire. Merci.