jeudi 17 novembre 2016

Los golfos de Carlos Saura

   Los golfos (Les voyous en français) est le premier long métrage de Carlos Saura. C'est un film passionnant à plus d'un titre. Tout d'abord pour ses pures qualités cinématographiques. Le film a été tourné entièrement en décor naturel, avec des acteurs non-professionnels, à la manière des films néo-réalistes italiens et le résultat est à la hauteur des prestigieux maitres d'outre-méditerranée. Ensuite pour le précieux témoignage qu'il nous donne du Madrid de la fin des années cinquante (il a été tourné en 1959). Bien loin de l'Espagne de pandereta qu'à la même époque promeut dans le monde entier la série des Joselito, Carlos Saura nous montre, sin trampa ni carton, la vie d'un groupe de jeunes qui habitent dans cette zone de la banlieue qui hésite entre urbanisation et campagne et où vivent pauvres et déracinés. On y voit aussi l'impressionnante fourmilière humaine du marché de gros de Legazpi, la salle de bal du cinéma Salamanca (aujourd'hui transformée en centre commercial), un club de jazz très "parisien" et, pour la séquence finale, les anciennes arènes de Vista Alegre. En effet, Juan, l'un des jeunes protagonistes du film, veut devenir matador et c'est pour l'aficionado une source d'intérêt supplémentaire. Il y a, en particulier, une très belle scène d'entrainement tournée à la Casa de Campo. Tout le film se construit autour de ce projet qui va fédérer le groupe et alimenter les rêves de richesse de chacun. Il s'agit de trouver le financement qui va permettre à Juan de débuter en novillada. Tous les moyens - surtout les pires- seront bons. On voit à quel point les apprentis toreros de cette époque sont seuls, à la merci d'organisateurs sans scrupules et l'on prend conscience, a posteriori, du progrès qu'a constitué, bien des années plus tard, la création des écoles taurines. La novillada finale et la mort du novillo, filmées sans complaisance, peuvent être vues comme la métaphore de la difficulté pour les artistes de parvenir à leurs fins. Carlos Saura en sait quelque chose qui tourna avec peu de moyens et dut se débattre, avant et après le film, avec la censure franquiste. Finalement le film sera montré au festival de Cannes où il fut apprécié mais sa sortie sur les écrans espagnols n'eut lieu qu'en 1962, de manière très confidentielle et amputé de dix minutes (les mécanismes de censure sont très bien mis en lumière dans les bonus du dvd édité par Blaq out).

jeudi 10 novembre 2016

Bilan 2016

Ma corrida rêvée

        6 toros de Victorino Martin 6
Enrique Ponce - Curro Díaz - José Garrido

   Il est un peu énervant, Enrique Ponce, a être toujours au premier plan après plus de vingt-cinq ans de triomphes sur tous les points de la planète taurine. On connait ses défauts, les facilités qu'il se donne dans son toreo, mais, face à un toro récalcitrant, il n'y en a pas un, dans l'escalafon, qui lui arrive à la cheville.
   Curro Díaz a sans doute connu sa temporada la plus complète depuis son alternative en 1997. Il a affronté avec succès les devises les plus redoutées et a triomphé à Madrid. Lui aussi a ses défauts -une réticence à se croiser - mais quel art et quel pundonor durant toute cette saison! On rêve de le voir à ce niveau pendant dix ans encore...
   De tous les jeunes toreros qui ont enfin pu, cette année, s'immiscer dans les cartels dont les figures avaient jusqu'à présent réussi à les écarter, José Garrido m'est apparu comme le plus consistant. Sur le sable de Bilbao, son combat face à l'impressionnant Barbadura de Torrestrella (le meilleur toro de ma temporada) en témoigne. Ce jour-là, en revanche, Lopez Simon, bien aidé par les manigances de son apoderado, s'est effondré et Roca Rey, la révélation du début de temporada, avait été contraint de jeter l'éponge après deux KO successifs les jours précédents.
   Malgré leur fausse note de Bilbao, les Victorino Martin ont connu une excellente temporada. Une excellente saison, oui vraiment, mais je remarque qu'il y a eu trois toros indultés (Séville, Calasparra, Illescas). Trois toros indultés, c'est plus que chez Nuñez del Cuvillo (1), Domingo Hernandez "Garcigrande" (1) et Juan Pedro Domecq (0) réunis. Faut-il en tirer des conclusions sur l'évolution de l'élevage? A chacun de se faire un jugement ... sans oublier de mettre dans la balance les alimañas de Vic.
   Un élevage qui ne connait pas de problème d'indulto, c'est celui de Dolores Aguirre. Dans le panorama sinistré des élevages toristes il s'agit sûrement de l'un des plus intéressants et pourtant on le voit trop rarement. Mon rêve serait que, au cours des années qui viennent, dans les plazas françaises aussi bien que dans les grandes ferias espagnoles,  les Dolores Aguirre trouvent vraiment leur place.



En hommage à Victor Barrio tué le 9 juillet en plaza de Teruel par le toro Lorenzo de Los Maños cette photo de Juan Pelegrin.

mardi 1 novembre 2016

Les ganaderias de la famille Pérez-Tabernero aujourd'hui

   Lorsque j'ai débuté en aficion, les anciens classaient les ganaderias en deux catégories. D'un côté, les élevages andalous, gages de caste et de sérieux, dont ils parlaient avec respect. A l'opposé, il y avait les élevages salmantins qui produisaient un toro commercial destiné aux vedettes et dont ils parlaient avec mépris. Aujourd'hui ces critères géographiques ne sont plus de mise mais la coupure entre deux catégories d'élevage est toujours bien réelle. Les grands élevages dynastiques du campo charro, dont les Pérez-Tabernero, ont quasiment tous périclité, victimes d'une part du decastamiento de leurs produits, conséquence logique de leur sélection vers toujours plus de facilité, d'autre part de la concurrence des élevages d'origine domecq qui, peu à peu, ont colonisé le créneau des corridas commerciales.
   Si l'on consulte "l'annuaire" de l'UCTL on trouve encore beaucoup de ganaderias appartenant aux descendants de Fernando Pérez Tabernero, mais elles sont loin d'occuper le devant de la scène, beaucoup d'entre elles ne sont plus que des reliques sans éclat, témoins d'une époque de gloire qui semble aujourd'hui définitivement révolue.
   J'ai recensé les élevages actuels en les classant par encastes.

1- origine Santa Coloma
   Quatre élevages peuvent se prévaloir de l'encaste Santa Coloma en provenance du prestigieux élevage de Graciliano Pérez-Tabernero. Contrairement à ses frères et neveux, ce dernier a toujours cherché à produire des toros de grande caste ce qui fit qu'on surnomma les gracilianos les miuras de Salamanque.

   Alipio Pérez-Tabernero                              
ancienneté : 1895
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : Alipio Pérez-Tabernero Fariña
Après que la majorité du troupeau a été vendu à Rufino Calvo (Rio Grande) en 1990 il ne reste plus grand chose sous le fer d'Alipio.

    
  

 Pilar Población del Castillo                                                                
ancienneté : 1944
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : Julio Pérez-Tabernero Población (représentant)
En 2016 a lidié 24 reses en rejoneo




   
José Juan Pérez-Tabernero Población                                                                sans ancienneté
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : José Juan Pérez-Tabernero Población (frère de Julio P-T Población)




  Hoyo de la Gitana                                                                                    
sans ancienneté
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaires : Ignacio, Joaquin et Fernando Pérez-Tabernero Silos
(fils d'Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez)
En 2016  7 toros et 12 novillos ont été lidiés.





2- origine Murube Parladé
   Antonio Pérez-Tabernero Sanchón fut le premier fils de Fernado à se défaire des Veragua×Miura dont il avait hérité. Des années 20 jusqu'aux années 60, sa volonté d'obtenir des toros au tempérament plus docile fit de lui un des ganaderos préférés des figures. Mais, malgré leur origine prestigieuse, le decastamiento qui en résulta conduisit les AP vers le néant. On ne les voit plus guère aujourd'hui qu'en non-piquée. Beau sujet de méditation pour nombre d'élevages actuels...



   Antonio Pérez de San Fernando                                               
ancienneté : 1907
origine : Murube  Parladé  Gamero Cívico  Tamarón
propriétaires : Antonio et Manuel Pérez-Tabernero Angoso





   

 Antonio Pérez Angoso                                                              
ancienneté : 1926
origine : Antonio Pérez de San Fernando - Montalvo
propriétaires : Antonio et Manuel Pérez-Tabernero Angoso




    
Mercedes Pérez-Tabernero Montalvo                                     
ancienneté : 1982
origine : Antonio Pérez de San Fernando - Domecq
propriétaire : Guillermo Marín Pérez-Tabernero (représentant)
6 toros lidiés au cours de la présente temporada.



3- origine Domecq

   Montalvo                                                                 
ancienneté : 1926
origine : Domecq et Vicente Martinez
propriétaire : Juan Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez
(fils de Juan María Pérez-Tabernero Montalvo)
De tous les élevages de la famille Pérez-Tabernero c'est incontestablement celui de Montalvo qui s'en sort le mieux. Cette année, 38 toros ont été vendus, la plupart dans des arènes de 1ère ou de 2ème catégorie. Bien sûr leur origine Domecq y est sans doute pour quelque chose. Mais la particularité de la ganaderia est de posséder encore quelques traces de son origine Vicente Martinez (donc plus anciennement Jijon). Pour preuve le toro Brivon récompensé par une vuelta lors de la dernière feria de Salamanque et dont le pelage berrendo en negro aparejado est typique des anciens Martinez.


4- origine Atanasio Fernandez

   Javier Pérez-Tabernero Martín                                                    
ancienneté : 2000
origine : Atanasio Fernandez
propriétaire : María Concepción Clemares Pérez-Tabernero
(représentante)


   Juan Pérez-Tabernero Martín                                     
ancienneté : 2003
origine : Atanasio Fernandez
propriétaire : Juan Pérez-Tabernero Martín
(fils d'Alipio Pérez-Tabernero Sánchez)





Pour en savoir plus sur la famille Pérez-Tabernero : El blog de la bodega El Toreo