mardi 28 août 2012

Plat de résistance

Après les apéritifs et amuse-gueules des jours précédents, le plat de résistance (unique) c'était dimanche, avec les Victorino Martin, que Bilbao le servait.
Pour moi, devant mon petit écran, il faisait figure de surgelé tournant au fond du micro-onde.

J'ai pourtant vibré avec ce toisième toro, si difficile à canaliser. Pensez donc : 4 piques et frais comme un gardon, courant dans tous les sens, chargeant, se collant, se retournant, crochetant! Face à lui Bolivar n'a pas fait le poids et a été sifflé. Mais c'est au moment de l'arrastre que c'est produit l'inattendu : une ovation spontanée et nourrie du public bilbaino a salué la dépouille du malotru. A la télé Moles a failli s'en étrangler et le lendemain, dans les gazettes, les commentateurs les mieux pensants s'en sont offusqués.
Etait-il tauromachiquement correct ou incorrect d'applaudir Esotérico? La question prête à débat, mais ces applaudissements avaient un sens : "en vendant si chèrement ta peau, tu as joué ton rôle de toro et tu nous as fait vibrer, bravo!"
D'ailleurs, pour que la balance soit équilibrée, ce même public a ovationné de la même manière Plebeyo, le second toro de Bolivar dont la noblesse était si grande que, par deux fois, il a planté ses cornes dans le sable à la pousuite de l'étoffe.
Et c'est toute la richesse des Victorino Martin d'offrir dans une même corrida une si grande variété de comportement.

Ce qu'a fait (et subi) Diego Urdiales tout au long de la tarde relève à la fois de la chanson de geste, du miracle et de l'art le plus pur. Diego Urdiales ce jour face aux victorinos c'est la tauromachie dans ce qu'elle a de plus grand, de plus profond, de plus enthousiasmant.

lundi 27 août 2012

Trois jours de domecqs à Bilbao




Au programme de ces trois jours passés à Bilbao trois corridas avec des toros d'encaste domecq : Nuñez del Cuvillo, Jandilla, El Pilar. Belle occasion de faire le point sur ces élevages dans une arène où l'on peut supposer que les ganaderos présentent ce qu'ils ont de mieux.

En préambule il est nécessaire de préciser que, durant ces trois jours, le tercio de pique a été réduit à la portion congrue : 2 piques rarement, 1 pique et 1 picotazo dans la majorité des cas, 2 picotazos parfois. Les mises en suerte ont été effectuées au plus près du picador, parfois en ne respectant même pas le second cercle concentrique : on sent bien que tout est verrouillé afin que ni le toro, ni le picador ne puissent voler la vedette au matador figure.

NUNEZ DEL CUVILLO est un des meilleurs élevages de ces dernières années et l'un de ceux qui produisent le plus (plus de 100 toros lidiés chaque année). L'an dernier, ici-même, le lot s'était avéré excellent et Cacareo auquel Morante avait coupé deux oreilles est resté dans les mémoires.
Le lot de cette année est bien présenté, dans le type de l'élevage, c'est à dire avec des cornes très développées et astifinas mais léger de chair (moyenne 536 kg), de robes variées : 2 colorados, 2 castaños, 2 negros. Leur comportement est en adéquation avec leur physique : ils sont vifs, nerveux, mobiles, mais manquent de puissance et de fond. Du champagne de supermarché un peu éventé. Un lot très inférieur donc à celui de l'an dernier, qui a toutefois permis une tarde entretenida mais sans possibilité de toreo hondo.

Le lendemain les JANDILLA, propriété de Borja Domecq et maison mère de l'encaste domecq avec JPD, sont d'un type très différent. Tous noirs, bas et profonds (typés La Corte), bien armés, d'un promedio de 542 kg. Peu présents à la pique, ils font preuve d'une bonne noblesse au troisième tiers mais leur manque de fond les fait très vite aller a menos. Ce sont des toros de media-faena. Jandilla : un terroir de grand cru sur lequel on produit du beaujolais.

Jeudi voici venu le tour des toros d'El PILAR, les domecqs de Salamanca qu'élève Moisés Fraile. Lot très inégal où le minable côtoie l'excellent. Au physique, plus hauts que leurs cousins des jours précédents (promedio 549 kg). Trois negros, deux colorados, un castaño. Le premier bis est un laideron, le 4 et le 6 en revanche de grand trapío. A noter que le 4 était le toro de réserve et que, hier comme aujourd'hui, le plus beau des sept toros amenés par l'éleveur s'est retrouvé sobrero...
La corrida débute au plus mal avec un premier toro invalide et changé. Le 4 passe donc en 1, il est laid et faible. Mais trois toros vont relever le niveau ganadero : le 2 est un vrai bon toro de troisième tiers comme tout bon torero (El Juli en l'occurrence) rêve d'en toucher dans une arène aussi importante que Bilbao. Le 4 (sobrero) est un toro fort et imposant qui chasse Padilla à la sortie d'une paire de banderille et lui fait un coup de barrière. Sombrero le 6 enfin est, de loin, le meilleur toro de ces trois jours : il pousse fort et longtemps sous la première pique en mettant les reins, au troisième tiers il a une charge puissante et longue sur les deux cornes. Il meurt en brave, résistant jusqu'à son dernier souffle et est arrastré sous une grande ovation. L'encierro du jour est bien à l'image de la ganaderia : on y trouve le meilleur de ce que produit l'encaste domecq mais aussi la lie. Me reviennent en mémoire, pour le pire, l'infâme corrida de l'an dernier à Dax et, pour le meilleur, un grand toro à Zaragoza devant lequel Morante, alors en début de carrière, avait obtenu un triomphe d'anthologie.

Ivan FANDIÑO a confirmé son excellente temporada. C'est le torero à voir absolument cette année. Il fut largement supérieur à ses deux Jandilla. Son toreo a toutes les vertus : sincère, templé, lié; ses pecho sont d'anthologie et ses coups d'épée excellents. Oreille - oreille.
El JULI a été au début de l'année le dindon de la farce indécente jouée par le G10 lors de la renégociation des droits télévisuels. Il y a puisé une soif de triomphe se traduisant dans l'arène par une débauche d'énergie qui, compte tenu de ses capacités techniques, ne peut conduire qu'au triomphe. Ce fut le cas à Bilbao. Jeu varié à la cape, faenas construites à partir de séries de passes longues, templées et liées, données avec le compas très ouvert, final par culerinas suivi de julipiés traseros. Un procédé totalement maîtrisé qui permet une connection parfaite avec le public... et avec le toro. Une oreille d'un Nuñez del Cuvillo, deux oreilles d'un El Pilar.
Comme bien souvent avec MORANTE DE LA PUEBLA on dut se contenter de pinceladas de arte.
Il me semble que David MORA ne rentre plus dans le terrain du toro comme il lui est arrivé de le faire les années précédentes, que son toreo est devenu un peu plus mécanique. Conséquence logique : un moindre écho dans le public et un travail qui a tendance à s'effilocher. Une oreille toutefois d'un Jandilla.
Il y a longtemps que je n'avais pas vu El CID avec autant d'envie de toréer. Deux médiocres Jandilla ne permirent que des détails mais il m'a donné le désir de le revoir.
Alejandro TALAVANTE a été la grande déception de la feria. Sans âme, sans saveur, sans fil conducteur. Face à l'excellent Sombrero (de l'amer pour la circonstance) il ne dut qu'à sa vaillance et à une entière d'effet rapide de couper une oreille car il fut toujours en dessous du brave animal, son actuation tournant même souvent à la torchonnade.
Juan José PADILLA profita du capital sympathie que sa terrible cornada de l'an dernier lui a acquis et eut la sagesse ne pas dépasser les limites qui auraient pu le mettre en danger.

Public bienveillant et présidence normale.

Pour être complet sur cette revue des domecqs de Bilbao, le lundi les Fuente Ymbro étaient, d'après la presse, excellemment présentés et âpres et vendredi les Juan Pedro Domecq fades et sans intérêt.
 5 corridas sur 8 de même origine... Ça fait beaucoup, non?

dimanche 19 août 2012

Un vent nouveau

Après les ferias de Mont de Marsan et de Dax il semble qu'un vent nouveau est en train de souffler sur l'aficion. Un vent rafraîchissant qui pourrait aussi être un vent régénérateur.

Premier événement  Les matadors vedettes (los del G10) sont venus avec leurs petits toros sous les bras et sont repartis sans le moindre triomphe. Aucune passion, aucune admiration suscitées. Non parce qu'ils sont de mauvais toreros ou qu'ils sont dans un mauvais moment mais parce que les toros qu'ils emmènent avec eux sont des toros sans intérêt devant lesquels leur technique et leur art ne trouvent pas à s'employer. Des toros sans caractère, sans défauts, sans qualités, sans incertitudes. Venant tous du même encaste (domecq) et des mêmes élevages qui ont réussi à créer cette chose sans nom qu'ils vendent sous l'appellation commerciale "toros de combat". On en est arrivé à un tel point que même les toros de certains élevages de même origine sont ostracisés (Fuente Ymbro, Torrestrella par exemple) pour la simple raison qu'ils ne sont pas entièrement sûrs : il en sort parfois un difficile.

Deuxième événement  Dans ces deux ferias, trois corridas magnifiques qui ont fait l'unanimité. Des toros con trapío avec de la caste, de la bravoure, de la noblesse (Fuente Ymbro, Escolar Gil). Des matadors valeureux, dominateurs, artistes. Des spectateurs qui ont vécu des moments extraordinaires et qui sont sortis des arènes ivres de bonheur et d'émotion.

Dax, une corrida étalon   A ce titre, la corrida d'Escolar Gil de Dax me paraît avoir une valeur exemplaire. Une sorte de corrida étalon (dans le sens du fameux mètre étalon du Pavillon de Breteuil) et, pour Dax, une corrida refondatrice à l'aune de laquelle peuvent réapparaître les valeurs taurines de base.
Car, qu'avons-nous vu en ce dimanche 12 août? Tout simplement une bonne corrida telle que l'on devrait en voir régulièrement. En fait, une corrida normale (faisons abstraction de l'armure du 6, exceptionnelle) aussi bien du point de vue de la qualité du bétail que de celle des hommes. Une corrida qui respecte les principes éthiques de la tauromachie. Éthique qui veut, il est bon de le rappeler, que l'homme ne s'estime en droit de tuer l'animal qu'au péril de sa propre vie. Et ce fut bien le cas avec des toros con trapío mais d'un poids raisonnable et adapté (500 kg), disposés à se battre (braves) et avec les moyens physiques pour le faire. Des toros qui, face aux leurres, n'étaient pas faciles dès le début mais sont tous allés a mas dès lors qu'ils étaient bien lidiés et toréés, mettant ainsi en valeur les qualités des toreros... et justifiant leur cachet. Et dans le public émotion, admiration, enthousiasme.
Au final, une corrida exceptionnelle par sa rareté (surtout dans une plaza comme Dax) mais paradoxalement normale puisque tout ce qu'on y a vu correspondait aux canons de l'authenticité tauromachique, et donc exemplaire et, à ce titre, devant être prise pour modèle de ce que l'on doit chercher à reproduire dans l'avenir...

Et demain?   Bien sûr il ne faut pas rêver. Il faudra du temps, il faudra d'autres corridas comme celle que l'on vient de voir pour changer en profondeur les goûts du grand public et de certains aficionados. Il faudra que les ganaderias qui élèvent les véritables toros de lidia maintiennent le cap, que de nouvelles émergent. Il faudra aussi, c'est indispensable, des toreros capables. Nous avons la chance - et c'est une heureuse nouveauté - d'avoir actuellement au moins une demi-douzaine de matadors susceptibles d'actuer au plus haut niveau avec ces toros. Citons-les : Diego Urdiales, Fernando Robleño, Javier Castaño, Sergio Aguilar, Ivan Fandiño, Alberto Aguilar, David Mora. D'autres évidemment peuvent et doivent se rajouter. Seule la conjonction des deux (toros et toreros) peut provoquer ce sentiment de bonheur, cette plénitude émotionnelle qu'apporte une véritable corrida de toros.
Alors le public verra la différence entre une corrida et sa parodie, et figuras et ganaduros seront obligés de changer leurs habitudes sous peine de se voir marginalisés. Il faut rêver...

vendredi 17 août 2012

Fernando Cruz

Des mois d'attente, d'espoirs déçus, de promesses oubliées.
Petits boulots, petite vie mais pleine d'un grand rêve.
Et puis la date fatidique tombe : mercredi 15 août, Madrid, toros de Gavira.
Les deux toros de la dernière chance.
Le soir sera plein de la douceur du triomphe ou de la douleur d'une chambre d'hôpital. Il n'y a pas d'autre alternative car le pire serait qu'il ne se passe rien : silence et silence.

On sait ce qu'il advint.
Fernando Cruz jusqu'à ce jour n'a pas été un torero chanceux. Pourtant de nombreux aficionados savent qu'il est torero, tout simplement, et croient encore en lui.
Une autre opportunité lui a été promise.
Que celle-ci ne soit pas prématurée et qu'elle soit la bonne, pour que le rêve, enfin, devienne réalité!








photos : - JMSV tirée de son blog Larga cambiada
              - Velonero

mercredi 8 août 2012

Vu à Dax


















Rassurez-vous, braves gens, il ne s'agit pas des toros que Ponce, le Juli et Luque affronteront samedi prochain à Dax.
Les toros que vous voyez ici (on peut cliquer sur la photo pour l'agrandir) viennent de Lanzahita (Avila) et sont marqués du fer de José Escolar Gil; ils seront combattus le lendemain par Fernando Robleño, Javier Castaño et Alberto Aguilar.
Un cartel qui pourrait être vicois... Une inflexion dans la politique taurine dacquoise?
La seule chose l'on peut dire, en tout cas, à ce jour, c'est qu'il y a du bois sur les têtes!

Photo Velonero

dimanche 5 août 2012

Riscle : Coquillas de caste mais le pompon au Bonnet

5 novillos de COQUILLA de SANCHEZ ARJONA, bien présentés, de jeu irrégulier mais encasté.
Noble le 1.
Manso le 2.
Braves et nobles les 3 et 4, deux bons novillos qui poussèrent dur sous deux piques et gardèrent tout leur allant au troisième tiers.
Incertain le 5.
Au final toutefois les Coquillas furent un peu éclipsés par l'excellent sobrero du Lartet (élevage gersois des frères Paul et Jérôme Bonnet) qui remplaçait un Coquilla invalide. Ce novillo, à l'armure magnifique, montra d'entrée sa franchise et sa vivacité à la cape. Il poussa fièrement sous la pique. Une seule hélas! car l'innocent Blanco demande le changement que le président - sans reproche jusque là - accepte. Au troisième tiers, il fera preuve, dans ses charges toujours renouvelées, d'un son extraordinaire. Un véritable stradivarius qui donne envie d'envoyer à la déchetterie tous les synthés couinants que l'on veut habituellement nous faire passer pour des toros "de classe". Face à ce toro de feu, Roberto BLANCO, apprenti plein de bonne volonté, récita ses gammes avec plus ou moins de bonheur alternant séries magnifiques et désaccords dangereusement cacophoniques. Une oreille et une oreille pour lui au bilan de la journée.
Emilio HUERTAS, appliqué mais un peu distant resta en dessous de ses adversaires. Silence, une oreille.
Juan LEAL fait, lui, figure de surdoué. Il fut, et de loin, le plus mal servi mais réussit à améliorer ses deux novillos ce qui en dit long sur ses capacités. Silence, une oreille.
Et vuelta finale pour l'inattendu Lartet en espérant que le campo gersois recèle d'autres pépites de cet acabit.

NB Il y a deux ans de cela, je n'aurais pas fait le déplacement jusqu'à Riscle mais aujourd'hui, grâce à la nouvelle autoroute qui va jusqu'à Pau, Roquefort est à une heure de Bordeaux, Aire une heure et demi, Riscle et Garlin une heure trois-quart.
Avec, en outre, l'impression que l'autoroute a été construite rien que pour nous. Sur les 100 km retour de l'A63 j'ai, en tout et pour tout, doublé une caravane, ai été doublé par un 4x4.

mercredi 1 août 2012

Coquillas en Riscle

Parmi les encastes minoritaires qui luttent pour éviter de se faire gober par l'ogre Domecq celui de Coquilla est actuellement l'un des plus fragiles.
En 2009 les Sanchez Fabres n'ont dû qu'à la forte mobilisation des aficionados d'éviter la disparition.
Cet hiver Mariano Cifuentes, dans un moment de désespoir, a envoyé son élevage à l'abattoir.

Outre Sanchez Fabres (Salamanca) on ne trouve plus aujourd'hui de bétail de cette origine que dans des élevages très marginalisés dans le circuit taurin :
   El Añadio (Jaen)
   La Interrogacion (Salamanca)
   Coquilla de Sanchez Arjona (Salamanca)

Grâce à l'association Tendido risclois aidée par Stéphane Fernandez Meca, c'est précisément ces derniers que l'on pourra voir combattre le samedi 4 août à Riscle dans le Gers.




18h30
novillos de Coquilla de Sanchez Arjona
Emilio Huertas - Roberto Blanco - Juan Leal









Bon an, mal an de 3 à 12 novillos ont été lidiés avec picadors ces dernières années par cet élevage. La plupart du temps avec un comportement encasté donnant des tardes intéressantes. Me reviennent en mémoire la novillada de Roquefort en 2010 et celle de Mont de Marsan en 2007.