dimanche 27 novembre 2011

Vaches et Thoreau dans le Massachusetts

Dès que l'on quitte, en direction du nord, l'agglomération newyorkaise on ne voit que forêts à perte de vue. Champs et prairies sont rares. Tout le travail de défrichement des premiers colons a disparu. Comme en Europe l'exode vers les villes a fait son œuvre, mais aussi le déplacement des fermiers vers les terres de l'ouest plus rentables car se prêtant mieux à une agriculture mécanisée.
Ici dans le Massachusetts ne restent que quelques fermes et verger ... et des musées de type Marquèze. Et dans un musée, ces vaches :



Lorsque l'on arrive à Concord (Ma) on est accueilli par une prison gigantesque, sombre rappel pour les touristes lambdas que nous sommes, que le "pays de la liberté" est celui qui enferme le plus ses citoyens (2 300 000 prisonniers soit 7 pour 1000 habitants, c'est de loin le taux le plus élevé du monde!). Le lieu est, comme il se doit, sinistre : entouré de hauts murs de béton, de miradors et de barbelés. Le long de la route, des voitures de cops armés jusqu'aux dents sont prêtes à démarrer à la moindre alerte. Prudent, je laisse l'appareil photo dans la boîte à gant de la voiture.
Nous voilà en fait dans le vif du sujet puisque nous sommes ici sur les traces de Thoreau. En 1846, celui-ci a été enfermé dans l'ancêtre de cette prison pour avoir refusé de payer ses impôts à l' État. Antiesclavagiste et pacifiste, l'auteur de la Désobéissance civile ne voulait pas que son argent serve à financer les États esclavagistes du Sud ainsi que la guerre contre le Mexique.


Encore quelques kilomètres et nous arrivons à Walden Pond, vaste et magnifique lac entouré de forêts, eaux claires, plage. C'est dimanche après-midi, il fait chaud et l'endroit est pris d'assaut par les baigneurs venus de la toute proche Boston. Le brave Thoreau doit se retourner dans sa tombe, lui qui avait choisi ce lieu pour y vivre dans une simple cabane de bois, à l'écart du bruit et de la fureur du monde. Ce qu'il fit pendant plus de deux ans. Un choix de simplicité volontaire qui ne l'empêchait pas d'avoir des relations sociales puisqu'il recevait des visites et n'hésitait pas à se déplacer jusqu'à Concord où vivaient ses parents.







"Je suis allé vivre dans les bois parce que je voulais affronter de manière délibérée les éléments essentiels de la vie, découvrir ce qu'elle avait à m'apprendre afin de ne pas m'apercevoir au moment de ma mort que je n'avais pas vécu."

Emporté par son élan, Thoreau a aussi écrit quelques belles âneries :"La nature à chaque instant s'occupe de votre bien-être. Elle n'a pas d'autre fin. Ne lui résistez pas"(Journal) qui ont influencé les tenants de l'intégrisme écologique.

La photo des vaches a été prise au Hancock Shaker Village, Pittsfield (Ma). 
A Walden Pond mon appareil photo s'est mis en mode vie des bois : batteries vides, refus de s'ouvrir. J'ai donc piqué çà et là sur internet les autres photos.

samedi 19 novembre 2011

Bilan 2011

Ma corrida rêvée

6 toros de José Escolar Gil 6
Morante de La Puebla
Sergio Aguilar
David Mora


C'est un beau rêve que celui qui permet de voir Morante face aux Escolar Gil. J'imagine une grosse bronca à son premier, expédié sans une passe. Mais au deuxième, vingt passes parfaites face à un tío médusé.
J'ai choisi David Mora mais j'aurais tout aussi bien pu choisir Ivan Fandiño, enfin des têtes nouvelles qui viennent titiller les pontifes du G10. On aimerait voir plus souvent aussi Diego Urdiales et Sergio Aguilar, celui-ci lamentablement écarté cette année de Bilbao alors qu'il avait failli s'y faire égorger en 2010. Una vergüenza de la part de la Junta Administrativa.

Ma grande frustration de l'année en ce qui concerne les toros aura été l'absence à Vic des Escolar Gil pour raisons sanitaires. Dommage car ils furent d'un très bon niveau, dit-on, à Madrid, Céret et Saint Sébastien. Ils figurent donc dans mon cartel de rêve en espérant qu'ils deviendront réalité l'année prochaine.
Les Alcurrucen, remarquables tout au long de la temporada, ou les Nuñez del Cuvillo dont quelques lots, celui de Bilbao en particulier, ont permis de voir, chose rare, des domecqs à leur meilleur niveau, auraient aussi pu figurer dans ce cartel. Mais c'eut été un rêve plus ordinaire.

2010


David Mora à Vic Fezensac face à un Dolores Aguirre




mercredi 9 novembre 2011

Toreros para la historia 18 Antoñete

On trouvera dans ce dvd consacré à Antonio Chenel Albaladejo "Antoñete" la quasi intégralité  de la faena historique donnée à Madrid le 15 mai 1966 à Atrevido, le toro blanc d'Osborne.Où il apparaît clairement que la faena se compose de deux parties bien distinctes. La première, classique, au cours de laquelle le torero donne quelques naturelles parfaites. Puis on voit un Antoñete littéralement inspiré - s'il lui est parfois arrivé de manquer d'air face au toro, le souffle créateur de l'inspiration artistique l'a fréquemment animé - se mettre à citer le toro de loin, tenter et réussir des enchaînements originaux.

C'est en découvrant les images d'un festival à Las Ventas avec prise de son direct que l'on se rend compte à quel point les olés, l'ambiance de la plaza, le run run sont partie intégrante d'un grand moment de tauromachie. Leur absence, jamais vraiment compensée par la musique, d'aussi bon goût soit-elle, empêche bien souvent une adhésion totale aux images vidéos de grandes faenas qui se retrouvent ainsi privées d'une dimension essentielle, celle qu'apporte le public, troisième élément après le toro et le torero.

Ce qui frappe dans le toreo d'Antoñete c'est la justesse des gestes : distance d'appel, placement, capacité à conduire le toro à l'endroit même où la passe suivante pourra être enchaînée sans perte de terrain.
C'est aussi la sincérité : les passes sont conduites avec la panza de la muleta, l'usage du pico est rarissime. Et cette jambe contraire qui s'avance discrètement lors du cite.
Il y a aussi de la douceur, une recherche d'harmonie prolongée dans l'allongement de la charge. On semble parfois être pris dans un rêve. Mais le réel réapparaît lorsque la corne derrote dans la muleta. Accroc indispensable pour nous rappeler la fragilité d'un homme seul face au toro comme face à la vie.


NB  On peut aussi voir l'excellent numéro spécial de Tendido Cero, émission taurine de la RTVE, consacré au maestro madrilène. Avec au final l'extraordinaire faena de Jaen donnée par Antoñete en1999 à l'âge de 67 ans face à un petit toro plein de feu.