mardi 31 août 2010

Novillada de Saintperdon

Encore un lot de grand intérêt de Baltasar IBAN. Sans doute pas au niveau de celui de l'an dernier ici-même mais qui se termina par le combat d'un grand novillo honoré fort justement d'une vuelta al ruedo.
Des novillos qui, par leur côté extrêmement changeant constituaient de véritables énigmes. Et pour l'aficionado une invitation à revoir les concepts créés pour qualifier les toros de lidia. Etaient-ils braves ou mansos, nobles ou broncos, con casta ou con genio?
Tous s'employèrent avec ardeur sous les douze piques données mais tous se plaignirent ensuite de la morsure des banderilles. Certains cherchèrent l'abri des planches. La plupart alternèrent à la muleta noblesse vive et aspérité faite de coups de têtes désordonnés.

Le mexicain Sergio FLORES en fit les frais. Alors qu'il avait entrepris le premier novillo avec assurance et sincérité, il se fit accrocher et un méchant coup de plat de corne à la main mit fin à son combat (et peut-être à sa temporada). Mala suerte!

Du local Thomas DUFAU je retiendrai le meilleur. Tout d'abord sa prise en main efficace du novillo qui venait d'envoyer Sergio Flores à l'infirmerie. Facilité à mettre le novillo dans sa muleta qui témoigne d'un courage serein et d'une aisance technique indéniable. Ensuite une série de naturelle au 3 donnée avec temple et douceur.

Avec Lastimoso, sixième novillo de l'après-midi, Juan del ALAMO a trouvé son Bastonito. Le combat fut passionnant et longtemps indécis. Dès le début de la faena le novillero soumet son adversaire par des doblones puis par de magnifiques séries de derechazos et naturelles qui font rugir le public. Hay toro y torero! Mais un accrochage lui fait perdre le fil. Le novillero paraît épuisé, le novillo reprend le dessus et la fin de la faena est un peu confuse. Le Salmantin reprend l'avantage par un coup d'épée très engagé mais Lastimoso n'a pas dit son dernier mot : dès que le puntillero s'approche il se relève et le prend en chasse. Finalement les honneurs sont partagés : oreille pour le novillero et vuelta al ruedo pour le grand novillo.
Des courses de Baltasar IBAN on en redemande!

samedi 28 août 2010

A propos de trois corridas bilbainas


Corrida d'El Tajo et La Reina (José Miguel Arroyo "Joselito")

Joselito a un problème avec les cornes de ses toros. Déjà condamné pour afeitado à Logroño, le voilà de nouveau sur la sellette avec trois toros dont les cornes, astifinas à la sortie, se retrouvèrent dès le deuxième tiers dans un tel état de délabrement qu'elles eussent pu servir de pinceau aux plus grands maîtres de la peinture espagnole. Manipulation frauduleuse ou conséquence des fundas?
C'est d'autant plus regrettable que cette année encore son lot était intéressant avec trois bons toros, les 2 et 3 qui sont allés a mas et le sixième, un toro complet.

Leandro, modeste torero que je découvrais et qui se trouvait ce jour au paseo par on ne sait quel concours de circonstance propre au mundillo (au passage une belle plus-value pour les organisateurs puisqu'il remplaçait Cayetano - en d'autres termes un véritable hold-up) pourra se souvenir du mardi 24 août comme du jour où il n'est pas devenu célèbre. Toucher deux toros de ensueño à Bilbao et finir la course avec le modeste bilan de silence et salut c'est se condamner soi-même à rester dans le monton. Non qu'il n'ait su comprendre ses toros (il donna en particulier avec beaucoup d' à-propos de la distance au 6) mais son élégance un peu superficielle et ses coups d'épée désastreux ne pouvaient que le laisser aux portes du triomphe.

Et Morante qui toucha les deux plus mauvais!


Corrida de Victorino Martin

Si la corrida de Dax, de petit format mais de bonne caste, pouvait laisser de l'espoir, celle de Bilbao ne permet pas d'apercevoir la sortie du bache. Car ce qui caractérisa la corrida du jour -on sauvera le 3 encastado - c'est le manque de fiereza, de cet esprit guerrier qui fait depuis maintenant 50 ans d'une corrida de Victorino une corrida différente. Et si l'avenir devait ne se dessiner que sous la forme du quatrième, noble et pastueño à souhait, les victorinos seraient condamnés à rentrer dans le rang, à devenir des toros comme les autres.

Diego Urdiales est un grand torero. Toujours croisé, templando et ligando, utilisant la main gauche sans réserve, maître des terrains. Avec un courage sec et l'élégance un peu austère des grands toreros castillans... Diego Urdiales est un grand torero qui mérite de toréer beaucoup plus mais je ne suis pas sûr que les vedettes de l'escalafon seraient ravies de l'inviter à leur festin...


Corrida d'El Ventorrillo

La corrida se porte bien au Pays Basque. Hier le lehendakari assistait à la corrida de Victorino témoignant ainsi du soutien du monde politique basque à la fête des toros. Aujourd'hui un impressionnant no hay billetes.

Le second toro se acobarde dès le début de la faena du Juli et fuit vers les planches. Le Madrilène essaie de le retenir au centre, n'y parvient pas. Il abrège.
Le quatrième reproduit exactement le même comportement mais, on le sait, Ponce aime ce genre de toro. Bonne occasion pour lui de donner une leçon au petit Juli. Le maestro de Chivas n'hésite pas à le toréer dans le terrain des torils. Il le consent, l'aimante à sa muleta, le domine. Une estocade tombée le privera de l'oreille.
Au toro suivant c'est aussi par une estocade tombée que le Juli achèvera sa belle faena au noble sobrero d'Ortigao Costa. Le président sortira cette fois le mouchoir alors que la logique aurait voulu qu'il le réserve pour le jour où le Madrilène tuera sans tricher...Demain peut-être...

dimanche 22 août 2010

Trente ans après, Bilbao

Bilbao et ses corridas vues, avec trente ans de décalage, par une femme qui n'est pas aficionada.
 
Un nom d’abord, dont les années n’ont pas usé le charme. La première fois qu’on l’entend surgissent pêle-mêle un certain petit personnage de la littérature anglaise, un jeu d’adresse très simple et très ancien, une marque de bain moussant des années 70 qui prétendait à un raffinement extrême-oriental, l’Afrique, avec ses arbres énormes et ses noms de villages. A cette association de consonnes enfantines et de trois voyelles différentes - simplicité qui enchante- s’attache donc un je-ne-sais-quoi primitif et ludique doublé d’un exotisme confus. Bilbao est un ailleurs.
De la ville que je découvris il y a trente ans (cela ne fait pas exactement trente ans mais la rondeur du nombre convient mieux au sentiment intime de la durée qui me sépare de cette première rencontre) je garde une ineffaçable impression de laideur. Je me souviens du jaune sale du Nervion où flottaient des détritus. Je me souviens des murs gris, d’une sensation d’étouffement, de la poussière et des odeurs rances. Je me souviens de m’être souvenue des villes minières de Lorraine où s’est déroulée une partie de mon enfance. Ainsi, l’Espagne c’était aussi cela ? Je ne la connaissais que par l’Andalousie où , quelques mois auparavant, j’avais accompagné V.
Chaque fois, bien sûr, il s’agissait de tauromachie. Séville avait été le lieu de l’initiation. Séville, son ciel bleu, son printemps chaud et parfumé de fleurs d’oranger, la magie dérobée des patios au fil des déambulations dans les ruelles fraîches, qui font imaginer en passant toutes les intrigues, tous les drames, et soupçonner un art de vivre incomparable. Art de vivre dont la corrida serait comme la quintessence. Dans la blancheur des murs ourlés d’ocre, sur un sable doré et sous une lumière nette, on joue le plus sérieusement du monde avec les forces obscures qui nous meuvent et meuvent l’univers. « Puisque ces mystères nous dépassent , feignons d’en être les organisateurs… » Il se passe en ces lieux quelque chose d’extraordinairement grave et puéril à la fois, quelque chose qui ramène à l’enfance de l’humanité et qui est pourtant le signe d’un accomplissement . Je vis ainsi Curro Romero, El Viti et quelques taureaux qui, entrés bien vivants , furent traînés quinze minutes après vers la sortie, pauvres masses de chair inerte sur lesquelles, je l’avoue, je m’apitoyai.
L’été suivant, il y eut donc Bilbao et sa feria. Et ses arènes, comme juchées au fond d’une impasse et d’apparence si austère. Notre hôtel se trouvant dans les vieux quartiers , le long trajet qui permettait de gagner la plaza de toros a inscrit dans mon imaginaire une géographie très personnelle, l’impression d’arènes reléguées à l’extrémité de la ville, comme le O de son nom. Impression coexistant avec celle, totalement opposée, que j’eus à l’intérieur, où les cercles tracés sur le sable m’apparurent comme le cœur d’une série concentrique : autour des murs circulaires, la ville, elle-même enserrée dans une ronde de collines. Cette sensation presque physique d’être au cœur, je la devais aussi sans doute au fait que la corrida, ce moment essentiel de la journée puisqu’il me semblait que toutes les heures y conduisaient, était la clé, l’unique raison de notre présence dans cette ville.
J’y vis en effet deux corridas, pas une de plus.
Et en ce mois d’août 2009, la troisième. C’était un bonheur un peu paradoxal d’être là, trente ans plus tard. Au cours des années écoulées, quelque chose s’était passé qu’il était impossible de se rappeler en détail et qui paraissait mener à ces retrouvailles. J’ai reconnu les briques sombres mais les abords m’ont paru moins sales, moins tristes, comme si la métamorphose de la ville se reflétait sur les hauts murs de ses arènes. Je me suis abandonnée à la superposition tremblée du souvenir et des impressions présentes.
En entrant, une surprise : les gradins n’étaient plus gris mais bleus. Un bleu d’une nuance assez délicate , celle du plastique usé, délavé, des sièges. Le sable, dans ma mémoire, n’était pas si sombre et j’en ai été saisie. Après une matinée ensoleillée et chaude, je craignais l’accablement. Je crois maintenant que j’aurais été déçue si ne s’était pas produit ce basculement de fin d’après-midi vers l’atmosphère restée pour moi si caractéristique de la ville : un ciel bas et d’un gris hésitant entre l’argent et le plomb.
De sorte qu’une harmonie mate préside à la cérémonie. Telle était l’image que j’en avais gardée et c’est ainsi qu’obscurément j’avais rêvé de la retrouver. Je me suis dit que c’était cela que j’aimais à Bilbao : ce ciel un peu plombé, le sable sombre, une certaine lourdeur de l’air. J’aime cette antithèse du pittoresque, de l’éclat. Point de scintillements ni de reflets étincelants, éteintes les paillettes. Le rituel est d’un faste amorti, il semble que l’ on attendrait en vain un tragique flamboyant. La corrida de ce jour-là ne fut pas, je crois, de celles qui marquent les mémoires. Mais j’ai perçu à Bilbao, mieux peut-être qu’en un lieu plus lumineux , le caractère raffiné, exigeant, de ces rendez-vous de fin d’après-midi.

Laetitia D.

mardi 17 août 2010

Variété

Il y avait en ce 15 août à ROQUEFORT tout ce qui fait l'intérêt des bonnes et sérieuses novilladas locales.
Tout d'abord une base irréprochable : la présentation somptueuse des COQUILLA DE SANCHEZ ARJONA, avec en point d'orgue le magnifique quinto, une estampe digne de servir de modèle à un sculpteur.
Ensuite une grande variété dans le comportement allant du muy encastado premier au muy malo sixième en passant par le noble troisième d'un calibrage plus commercial.
Variété aussi chez les novilleros.
Avec GOMEZ DEL PILAR dans le rôle du vaillant, doublé d'un chef de lidia efficace (vuelta et vuelta).
Esaú FERNANDEZ dans le rôle de la figurita qui, mal servie, ne daigne pas faire l'effort que l'on attendrait (silence et silence).
Enfin la bonne surprise d'un novillero que l'on découvrait dans le sud ouest, LOPEZ SIMON, dont le toreo de grande qualité devrait lui permettre d' ouvrir beaucoup de (grandes) portes (oreille).
Variété qui, ne l'oublions pas, repose aussi sur la préservation d'encastes rares comme celui du jour. Et il est rassurant de voir que les deux jeunes fils du propriétaire, présents à Roquefort, ont à cœur d'en assurer l'avenir.

lundi 9 août 2010

Parentis 2010

A propos des Prieto de la Cal

Pouvoir faire des liens avec le passé (vécu ou imaginé) fait partie des charmes de l'aficion. En l'occurrence, je garde un vif souvenir des deux novilladas de Prieto de la Cal sorties dans ces mêmes arènes en 1989 et 1991. Deux des courses les plus terrorifiques que j'ai vues. Des toros surpuissants avec des cous énormes, une force colossale dans le train avant. Des monstres qui semblaient tout droit sortis des enfers telluriques. Avec une sorte de bravoure brute pour ceux de 89, qui donnaient à imaginer ce que pouvait être une bonne corrida de Veragua au XIXème siècle. Deux ans plus tard en revanche la puissance était toujours là mais la course tenait davantage de la moruchada.
Vingt ans après, en l'an de grâce 2010, rien de tout cela. On serait plutôt revenu au temps des Prieto de la Cal des années 1950 lorsque Luis Miguel Dominguin et Antonio Ordoñez leur coupaient oreilles et queues. Ils avaient en effet troqué leur poder et leurs hachazos meurtriers pour une faiblesse de pattes sous-jacente et une noblesse de bon aloi. Un tercio de pique bien mené permit de révéler en 17 rencontres qualités et défauts de chaque novillo. Rencontres qui ne furent la plupart du temps que des picotazos car, ou bien les toros ne poussaient pas, ou bien leurs forces limitées nécessitait de relever la pique rapidement. Mention toutefois au 2, brave et noble mais hélas sans poder, et au magnifique 6, impressionnant à sa sortie puis spectaculaire quoique sans vraiment pousser à la pique enfin très noble au troisième tiers.
Pour finir, je suis persuadé que la manière exemplaire dont s'est déroulé le tercio de pique a permis à certains novillos de garder leur mobilité au dernier tiers. Six piques appuyées et carioquées, comme on le voit trop souvent ailleurs, avaient toutes les chances de laisser sur la piste six blocs de marbre.


Bonne novillada de José Joaquin Moreno de Silva

Bravoure, noblesse, caste, mobilité, solidité : les saltillos de Moreno de Silva ont montré à quel point cet élevage constitue un magnifique trésor pour la cabaña brava.
17 piques (et une chute) mais aujourd'hui des piques pour détruire face à des toros qui poussent. Une exception pour Carlos Rebosa aux ordres de Juan Ortiz primé pour son tercio au second de la tarde.
Certains novillos pour triompher a lo grande. Hélas, à l'exception de Juan ORTIZ, petit Colombien con valor, ils n'eurent en face d'eux que des novilleros timorés, apeurés, voire inhibés. Heureusement, l'ensemble des péons tint la route et porta même la novillada en assurant l'essentiel de la brega et de la lidia. Bravo à eux.
Bravo aussi au public qui, pris de compassion pour le naufragé Daniel PALENCIA, le poussa, au dernier novillo, à donner quelques passes qui mirent en évidence aux yeux de tous - y compris du novillero - que loin d'être la terreur des ruedos son adversaire possédait au contraire un excellent fond de noblesse.

lundi 2 août 2010

La Catalogne espagnole et les toros

Comme il se doit, un évènement aussi considérable que la prohibition des corridas votée dernièrement par le parlement de la Catalogne espagnole a fait couler beaucoup d'encre et de salive.
Comment en est on arrivé là? à qui la faute? quelles en seront les conséquences?
Allez... voici venu le tour de l'œil contraire de poser son regard sur ce vaste sujet.

Ce qui m'a frappé de prime abord c'est combien chaque réaction est marquée par la chapelle à laquelle le locuteur appartient. C'est pourquoi deux accusations me paraissent devoir être écartées.
En premier lieu celle qui voudrait faire porter le chapeau à Zapatero, le président du gouvernement espagnol et au Parti Socialiste Catalan. Un simple calcul mathématique suffit à écarter la responsabilité des députés du PSC puisque les 6 (sur 37 députés du PSC) qui ont manqué à l'appel n'auraient pas suffi à faire pencher la balance du bon côté. Quant à Zapatero, dont on sait certes qu'il ne porte pas la tauromachie dans son cœur, il se serait bien passé de cette épine dans le pied au moment où il se débat parmi tant de problèmes qui semblent le dépasser. Et il est bien évident que ceux qui se sont empressés de le rendre responsable de la situation roulent pour le parti adverse, le Partido Popular qui se présente comme LE défenseur des traditions taurines espagnoles et est en train de tirer les marrons du feu en prévision des prochaines échéances électorales nationales. Que le PP profite de la situation ne me choque pas et me paraît même de bonne guerre mais de là à lui servir la soupe comme le fait éhontément l'Observatoire National des Cultures Taurines en reprenant dans son communiqué une citation du Partido Popular s'autoproclamant "parti de la liberté" il y a un pas que l'on ne saurait franchir si l'on se rappelle que le PP est le parti dans lequel se sont recyclés tous les anciens dirigeants franquistes.
La deuxième accusation qui me paraît sujette à caution est celle qui rend responsable de la situation les organisateurs taurins corrompus et la tauromachie édulcorée qu'ils cherchent à promouvoir. Loin de moi l'idée de penser que les organisateurs taurins sont des anges et de me satisfaire de la soft tauromachie qu'ils nous proposent trop souvent. Mais les faits sont les faits et je constate que, dans toute la géographie taurine, la meilleure façon de remplir une arène est de présenter trois vedettes devant du domecq...sauf précisément à Barcelone où, hormis lorsque torée José Tomas, on peine à remplir une moitié des gradins. Je n'ai pas non plus la naïveté de croire, bien que personnellement c'est le genre de corrida vers lequel mon aficion me porte, qu'une programmation de type Vic Fezensac ou Céret parviendrait à remplir la Monumental barcelonaise; même si, en ce qui concerne les résultats financiers, le moindre coût des toreros pourrait permettre aux organisateurs d'y trouver leur compte. Il n'y a pas si longtemps on pouvait d'ailleurs voir à Barcelone des Pablo Romero, Miura et autres Victorino Martin, on y organisa aussi des corridas-concours plutôt réussies. Pourtant l'aficion catalane s'est peu à peu réduite et le grand public a déserté les arènes. Ce qui ne s'est produit ni Dax, ni à Nîmes, ni à Vic ou l'aficion est vivace et les gens prêts à défendre leurs corridas. C'est donc bien ailleurs qu'il faut chercher les causes de cette désaffection. Étant entendu que sans elle jamais une majorité d'élus ne se serait risquée à voter l'interdiction.

Pour moi cette désaffection est le résultat d'un long travail de sape (plusieurs décennies) orchestré main dans la main par les élites nationalistes catalanes qui ont vu dans le combat antitaurin un puissant symbole antiespagnol et une minorité d'intégristes animalistes bien organisée qui a trouvé dans l'alliance avec les nationalistes un tremplin inespéré pour faire triompher ses idées. Leur combat a été remarquablement mené, avec patience et intelligence, profitant de chaque tension politique pour avancer leurs pions, avec, pour faciliter l'estocade finale, le scénario inespéré de ces derniers mois qui a vu la crispation des principaux partis politiques nationaux par rapport au statut de la Catalogne et tout récemment, le refus du tribunal constitutionnel espagnol de valider le projet de nouveau statut.
Pour mémoire dès 1988 une loi de protection des animaux interdit l'accès aux arènes des mineurs de moins de 14 ans, puis la police catalane verbalise les automobilistes garés a proximité des arènes les jours de corrida, petit à petit toutes les arènes de Catalogne espagnole ferment leurs portes, en 2005 la mairie de Barcelone déclare la ville antitaurine...
Seuls, les nationalistes catalans n'auraient jamais pu mener à bien l'ILP et les animalistes, de leur côté, seraient restés ce qu'ils sont ailleurs : des roquets qui nous mordillent les mollets.

Pour conclure sur une note optimiste je pense que la conjonction qui vient de voir la victoire des antitaurins est si exceptionnelle que je ne suis pas inquiet pour l'avenir de la corrida...A condition que les aficionados sachent défendre ce qui constitue un des plus extraordinaires spectacles que le génie humain a su créer ... et que notre société n'évolue pas vers une dictature des bien-pensants dont la Catalogne espagnole est devenue le fer de lance. Songeons qu'aujourd'hui aller voir une corrida de toros un cigare à la bouche après avoir bu une copita est quasiment un acte de rébellion!