dimanche 24 février 2008

L'ours et le torero

Je ne sais ce qui a inspiré le dessinateur étasunien Mickael Halbert pour ce surprenant lance de cape à un ours exécuté par un torero moustachu. Peut-être l'emblème de Madrid, l'ours et l'arbousier, dont on peut voir une représentation sculptée sur la Puerta del Sol. Toujours est-il que l'animal est de respect et semble d'une férocité de bon aloi. D'ailleurs le torero ne perd pas sa tête de vue. Y a-t-il un avenir pour les ours dans la corrida?



dessin de Mickael Halbert, droits achetés par François des Ligneris pour la promotion de ses activités de vigneron aubergiste (Magazinvin.com)

jeudi 21 février 2008

Toreros para la historia 19 : Curro Romero, Rafael de Paula

Ce qui m'impressionne et m'émeut toujours dans la célèbre série de Fernando Achúcarro c'est le générique, parfaitement mis en musique et dramatisé. Véritable hymne au toro brave ce débarquement tonitruant, la salida al ruedo de Bilbao, puis un formidable batacazo. Au passage, on remarque la légèreté du cheval (on est pourtant à Bilbao...mais dans les années 60 sans doute). Bien sûr l'importance attribuée au toro s'arrête avec le générique puisqu'il ne sera plus confiné par la suite qu'au rôle de faire valoir. En particulier dans ce document-là qui concerne le deux plus célèbres artistes de la deuxième moitié du XXème siècle. Inutile donc de préciser que les toros ne seront pas des foudres de guerre et que leur présence physique sera des plus discrètes même dans les arènes de Madrid. Peut-être peut-on rêver à une nouvelle série qui s'intitulerait "Toros para la historia"...
S'agissant de deux toreros à l'art aussi exceptionnel (dans tous les sens du terme) il est certain que la vidéo, outre ses défauts habituels, est absolument impuissante à rendre l'effet de divine surprise, proche de la sidération ou de l'hypnose que constituait une bonne actuacion de leur part. "Le toreo n'est peut-être pas autre chose que l'art de ce qui a été rêvé, de ce qui n'a pas été vécu, la bande enregistrée de la faena qui n'a jamais existé sinon dans le désir de qui voulait la contempler, tel l'amant désespéré qui invente l'amour et l'amante". (Antonio Burgos)
Toutefois, la perfection technique et expressive de la tauromachie de Curro Romero résiste ici très bien. Splendeur et sincérité de sa petite cape dans les véroniques. A la muleta, génie et variété des remates : changements de main par devant, molinetes, trincheras, pechos. Nous sommes à mille lieues de l'uniformité des toreros pegapases. Et cette silhouette erguida que permet une tauromachie a media altura. Enfin ce desplante inimitable, dos tourné au toro, avec comme un imperceptible haussement d'épaule, fausse modestie d'un torero qui se sait, à ce moment-là, à la fois dominateur de la bête, supérieur à tous ses compagnons et surtout maître de ses propres peurs.
Les images mettent aussi en évidence son habileté diabolique à la mort avec une technique très au point pour tuer rapidement sans jamais passer la corne.
De Rafael, qui a, dans ce film, la portion congrue, on retient surtout la surprenante variété du jeu de cape et le temple de la muleta.

dimanche 17 février 2008

Philosophie de la corrida de Francis Wolff (5) -citations

"Le torero cherche à obtenir le plus d'effets possible sur son adversaire en utilisant le minimum de moyens : minimum de leurre, de temps, d'espace, de mouvements, etc. Ce pricipe d'économie -''le plus par le moins''- est le premier secret de la beauté plastique du toreo, que ce soit au niveau du geste, de la passe, de la série, ou de la faena toute entière." (p 279)


"Le toreo consiste dans le fait d'imposer une forme humaine à une matière brute et de contrarier la finalité naturelle de la charge du taureau; la rendre vaine, lui imposer la courbe contre la droite, l'ordre contre le désordre, le ralentissement contre l'accélération, etc. L'art consiste à dénaturer la charge naturelle du taureau. Mais il s'agit de le faire en beauté, si l'on peut dire, et donc de la dénaturer le plus naturellement possible... Voilà pourquoi, une fois encore, la beauté produite par le toreo a beau être parfaitement classique, ''naturelle'', elle est pourtant paradoxale, parce qu'elle est toujours menacée et à chaque instant conquise sur son contraire, qui est ici la nature même." (p 293)


"Cherchez donc en vous-même quand surgit spontanément le olé de vos entrailles : n'est-ce pas justement quand, sur fond de ce risque extrême, de cette tension absolue, surgit l'évidence du geste apparemment dénué de toute pression vitale et qui semble venu du monde apaisé de la représentation pure? N'est-ce pas ce qu'on appelle justement le geste torero - geste éthique autant qu'estéthique? Et vous, ne savez-vous pas, alors, qu'il n'y a que la corrida pour vous procurer ce plaisir unique, aussi charnel que chaste, aussi profondément physique que spirituel, aussi vital dans son fond que désintéressé dans sa forme?" (p 312 fin)

dimanche 10 février 2008

Turbulences

C'est dans l'excellente revue Toros qu'on peut trouver les analyses les plus pertinentes à propos des réponses de Nicolas Sarkozy aux anti-taurins ainsi que sur le projet de création d'un Observatoire des Cultures taurines. (numéro 820 du 1 février 2008, en vente dans toutes les bonnes maisons de la presse des villes taurines)

Finalement Nicolas Sarkozy, dans sa gestion de la demande par les animalistes d'interdire la corrida aux enfants, a voulu contenter tout le monde. Chaque camp a trouvé dans les réponses faites par l'Elysée de quoi se satisfaire. C'est peut-être ça l'art de la politique, à moins qu'on l'appelle par son vrai nom : la démagogie. Et la démagogie, ça finit par se payer : personne de réellement satisfait, climat délétère qui peut déboucher sur le pire.

Un qui, du coup, retrouve du souffle, c'est André Viard. Après, à la première pique, une ruade suivie d'une fuite éperdue (épisode de la lettre au président de la République), puis une bonne et nécessaire carioca donnée par la revue Toros, l'animal semble avoir repris du poil de la bête. L'Observatoire des Cultures taurines est sans doute une bonne idée, adaptée à la situation actuelle. Je ne sais comment il fonctionnera (avec quel budget? l'argent étant plus que jamais le nerf de la guerre). En tout cas, un Vicois comme président c'est très habile.
Si j'ai bien compris, l'Observatoire va se charger de combattre l'ennemi extérieur. Si l'on en croit les dernières infos (projet des rencontres Animal et Société organisées par le Ministère de l'Agriculture), il y a urgence.

Mais il ne faut pas oublier l'ennemi intérieur : quand on voit la légèreté dont fait preuve Simon Casas vis à vis de l'afeitado dans les arènes qu'il dirige on se dit que cet ennemi-là n'est pas à négliger.
Que l'Observatoire se charge de l'ennemi extérieur, mais aussi que les aficionados dénoncent les turpitudes du mundillo et les manquements à l'éthique taurine dont font trop souvent preuve certaines figures et leur entourage, la corrida, au-delà de toutes les turbulences présentes et à venir, pourrait en ressortir plus forte encore.