dimanche 29 juillet 2007

Madeleine 2007 (III)

les réserves de La Campana photo velonero
Mercredi corrida d'Adelaida Rodriguez
Corrida forte, dure, bronca. Des toros volumineux avec des grosses têtes. Bien armés, sauf les deux premiers aux pointes escobillées. Le cinquième, Acuarelo, seul toro noble de l'après-midi, tomba hélas sur un Lopez Chaves hors du coup qui le fit assassiner à la pique.

En choisissant la cavalerie Bonijol, en imposant les deux piques réglementaires, les organisateurs montois ont réellement fait progresser la feria. Public et toreros peuvent désormais mieux juger de la bravoure et de la force des toros. Je constate d'ailleurs qu'à aucun moment le grand public ou les matadors n'ont remis en cause ce principe. Pour autant, on ne peut pas dire que les toros aient été mis en valeur durant cette feria, ni que le tercio de pique soit devenu plus spectaculaire. Seule la moitié du chemin a été accomplie, il reste à convaincre les matadors de faire l'effort de mettre convenablement en suerte leurs toros. Aujourd'hui, ce fut particulièrement catastrophique. Fernando Cruz notamment a ostensiblement saboté le premier tiers du sixième toro. Il me semble que cela a contribué à refroidir -fort justement- le public à son égard. Il avait auparavant magnifiquement toréé son premier adversaire. Les gestes les plus beaux de la feria, les olés les plus profonds.


Jeudi corrida de Valdefresno
Inutile de s'appesantir sur une corrida désastreuse. Son seul point positif, la présentation.
Comme toujours dans ces cas-là, ça grogne, ça tempête, ça se déchaîne. En fin de compte ça fait sans doute du bien. Le générique d'Interville repris en cœur par le public, quel bon moment! Il y a aussi les vieilles rancœurs, les frustrations qui remontent à la surface. Les Cassandre se réjouissent, les candides jurent, pour la centième fois, qu'on ne les y reprendra plus. On cherche le coupable. De tous les noms qui sont stigmatisés, il en est un qui est souvent oublié et qui, pourtant, de toute évidence, est le véritable responsable: l'éleveur. En l'occurrence Nicolas Fraile Martin ainsi que les frères Fraile Mazas propriétaires et responsables des animaux sortis en piste ce jour. Car ce sont bien eux, jusqu'à preuve du contraire, qui ont sélectionné, nourri, élevé les apparences de toros aperçues dans le ruedo de Mont de Marsan. Honte sur eux, qu'ils ne reviennent jamais au Plumaçon! Ni ailleurs si c'était possible. Si j'étais Chopera, je romprais illico toute relation avec eux. Dans quelle merde, ils l'ont foutu!


Un dernier mot sur la piste; avant elle était trop dure, maintenant elle est trop molle! Voilà qui me permet de terminer sur un proverbe chinois. "Ne sois pas trop dur, on te casserait, ne soit pas trop mou, on t'écraserait."

Adishatz, a l'an que ven.

samedi 28 juillet 2007

Madeleine 2007 (II)

Lundi corrida de Vellosino

Une corrida typique de l'encaste sous-domecq. Pas de bravoure, pas de véritable noblesse, pas de force, bref pas de caste. En un mot, une corrida de merde comme les adorent les vedettes de l'escalafon parce que des comme ça on peut en tuer 100 dans la temporada. Seul le premier donna quelque espoir par sa mobilité collante. Le second, invalide total, rétablit l'équilibre.
Malgré la bronca, le président se refusa à le changer, se justifiant le lendemain, dans la presse locale, en arguant du règlement. Or, que dit celui-ci? ''Le président pourra ordonner le renvoi des animaux sortis en piste si ceux-ci s'avèrent manifestement impropres au combat en raison de défauts ostensibles ou de comportement empêchant son déroulement normal" (article 85 chapitreV du règlement de l'UVTF).
Le deuxième animal de l'après-midi était manifestement impropre au combat puisqu'il n'a pas pu être combattu (2 picotazos, 1 paire de banderilles, pas de faena de muleta, le tout au milieu des affalements). Son invalidité constituait donc "un défaut ostensible empêchant le déroulement normal du combat".
Le paragraphe suivant précise: "Lorsqu'un animal deviendra inutilisable au cours du combat, de telle sorte qu'il sera nécessaire de le mettre à mort en piste au moyen de la puntilla, il ne sera pas remplacé par un autre". Cette clause de sauvegarde ne peut s'appliquer ici puisque l'animal a montré son invalidité dès sa sortie: claudication dès les premières courses et fléchissements répétés lors des passes de capes de réception données par le matador.
Ainsi, ce toro, manifestement invalide donc impropre au combat aurait du être remplacé si le règlement avait été appliqué par le président. Et il en va de même pour tous les toros invalides qui sortent dans les ruedos de France (idem en Espagne où les règlements disent la même chose).


Très grande leçon de tauromachie d'El Juli au manso et cinqueño cinquième. Leçon d'un maître, en pleine possession de ses moyens, sûr de lui. Tauromachie parfaite où se combine sobriété et pureté, domination de la bête et force de l'émotion. Le meilleur moment de toreo de la feria.


Mardi novillada de Coquilla de Sanchez Arjona


Les aficionados attendaient avec intérêt cette novillada en raison de la découverte que constituait la présentation de cet encaste rare dont la conservation dépend, entre autre, de sa capacité à intéresser le public, dans un contexte défavorable d'uniformisation des goûts. A en juger par la satisfaction des gens à la sortie, la mission est accomplie. Novillada sans temps mort, con emoción, avec des combats qui maintinrent en permanence le spectateur en éveil.
La dominante des novillos: mansos con caste, con mucho pié.
Ce qui semble caractéristique de l'encaste, pour autant que l'on puisse en juger sur une course: - une grande nervosité à la sortie qui les fait se précipiter vers tablas et burladeros et y cogner au risque de s'abîmer (déjà à Vic chez un Sanchez Fabres de même origine)
- la dureté à la mort, il est vraiment impressionnant de voir ces animaux avec une épée dans le corps continuer à courir et à chercher le combat
- le mélange de mansedumbre et de férocité, qui se traduit par des moments d'obstination dans la charge et d'autres moments de désintérêt marqués par la fuite des chevaux ou les regards vers les gradins.
On l'aura compris la partie n'était pas facile pour les toreros. Deux d'entre eux, et non des moindres, furent blessés. Le banderillero El Madrileño, en rentrant dans un burladero, fut rattrapé et accroché par le novillo qui lui infligea un coup de corne à la cuisse. Le picador Anderson Murillo souffre, lui, de plusieurs côtes cassées après avoir été déséquilibré et être tombé sur la tête du cinquième novillo.
Bravo à El Santo pour avoir montré la grande noblesse du sixième.

Je n'ai pas assisté, l'après-midi, à la corrida de Moises Fraile, ce qui m'a permis de voir enfin ce chef d'œuvre impérissable du cinéma et de l'esprit français Mais où est donc passée la 7ème compagnie? qui passait justement ce soir-là à la télé. Le repos du guerrier.
Molino cinquième toro de Vellosino
Sortie d'un Coquilla
photos velonero

vendredi 27 juillet 2007

Madeleine 2007 (I)


Devant ma feuille blanche, le stylo à la main (car avant de lancer ma prose sur l'inconnu de la Toile, j'écris pour de vrai), les réflexions sur cette feria montoise affluent de toutes parts. Avec la tentation, en bon Français cartésien, d'y mettre de l'ordre. Parler des tenants et des aboutissants, examiner les causes et les conséquences, analyser, synthétiser, bien ficeler le tout pour finalement aboutir à une imposture car rien dans la corrida, et c'est heureux, n'obéit à l'ordre cartésien.
Alors je vais suivre le fil des jours. Parler des toros, comment je les ai vus et noter quelques réflexions sur chaque course.
Avant cela, j'ai une pensée pour les aficionados montois qui se sont investis dans la préparation de cette feria. Leur déception doit être rude, mais, en toute modestie, je pense avoir trouvé la solution à leur problème. Pour monter la prochaine feria, faites donc appel à Sainte Cécilia Sarkozy! Votre succès est garanti, avec peut-être, en prime, un petit machin nucléaire pour la ville...

Dimanche corrida de Margé
Très belle présentation avec deux sardos magnifiques. Des toros fins, harmonieux, bien armés. Corrida muy encastada avec deux bons toros, le deuxième, brave, noble et mobile, son seul ''défaut'' était une charge un peu courte, le cinquième, moins brave (il sortit seul de la deuxième pique) mais à la charge longue et vibrante sur les deux cornes. A mon avis, une corrida supérieure à celle de l'an dernier ici-même. Sortis en fin de feria, ils auraient fait un tabac.
Depuis deux ans, Margé s'impose comme un élevage incontournable des corridas sérieuses en France.

A la fin de la corrida, un des sujets de discussion parmi les aficionados portait sur l'impressionnante cogida subie par Julien Lescarret au troisième toro. Avait-il commis une erreur? De l'avis général, non. A mon humble avis, les erreurs avaient été commises antérieurement au cours de la lidia du toro. Tout d'abord en ne faisant pas donner une véritable seconde pique. Julien demanda à son piquero de relever l'arme dès le contact. Certes le toro avait fait preuve de faiblesse à la sortie de la première pique, mais il avait aussi déjà montré sa tendance à donner des coups de têtes vers le haut. Ensuite en ne le châtiant pas par le bas en début de faena.

Deux excellentes piques de Rafael da Silva chez qui on devrait envoyer en stage de formation la plupart des piqueros actuels.
Jerezano cinquième toro de Margé photo Velonero