mardi 27 mars 2007

A propos des cartels vicois

En tant qu'abonné à la feria de Vic Fezensac, je me permettrai ces quelques réflexions sur les cartels annoncés (Club Taurin Vicois) .
La première qualité d'une affiche, c'est de donner envie. En l'occurence, il me semble que les Vicois ont réussi leur coup: j'ai envie d'y aller. Sans doute, cela tient-il en partie à la présence importante de matadors inédits dans cette feria: Rafaelillo, Sanchez Vara, Fernando Cruz, Ivan Fandiño, Mehdi Savalli.
En ce qui concerne les toros, on peut en revanche regretter un très net manque d'esprit d'initiative. Là, Vic ne joue pas le rôle de chercheur de nouveauté, mais, au contraire, fait preuve de suivisme. Adelaida Rodriguez a déjà été présenté par les principales arènes du Sud-Ouest. L'élevage est, en plus, un des champions de l'afeitado de la saison dernière. C'est aux Montois que revient le mérite de la découverte, dans nos contrées, de l'élevage de Margé. A ce propos, j'espère que les plus beaux exemplaires de la camada n'iront pas tous à Vic, sinon que va-t-il rester aux pauvres Montois pour leur feria de juillet ? Quant aux Barcials on peut souhaiter qu'ils soient dans un meilleur état sanitaire que le dernier lot de toros combattu ici. Il y a une dizaine d'années, tous furent podagres. Ils avaient des sabots énormes dont certains restèrent sur le sable de la plaza !
Un dernier mot sur la présence (courageuse) de Mehdi Savalli. Si les Vicois l'ont jugé digne de participer à leur feria, j'espère qu'il en sera de même pour les autres "grandes" arènes de la région.

mercredi 21 mars 2007

Fin de semaine à Saint Sébastien ou le retour des bons jours

Joie de retrouver les toros et leur combat après quelques mois de nécessaire abstinence. Dans les belles et confortables arènes de San Sebastian, vaste vaisseau spatial abandonné par des extraterrestres venus étudier les mœurs du peuple basque et qui, dit-on, séduits, décidèrent de rester. Manolo Chopera, toujours avisé, décida de transformer l'objet en plaza de toros. En sa mémoire, ses fils avaient monté des cartels d'un grand intérêt qui avaient attiré nombre d'aficionados français.

Le retour des buendías
L'élevage de Joaquín Buendía avait périclité pour avoir voulu suivre la mode du toro grand et destartalado. Mais on savait l'élevage en train de se reconstruire à Bucaré entre les mains de Javier Buendía. On espérait donc voir peut-être quelques bons novillos. Un lot si complet fut une grande et agréable surprise pour les aficionados. Aujourd'hui les santacolomas de Bucaré avaient retrouvé à la fois le type physique et la caste qui firent leur succès autrefois. Grande homogénéité de poids (de 460 à 475 kg), finesse de type, armures discrètes mais intactes et solides, pelage essentiellement cárdeno. Au moral, tous braves au cheval en 12 piques, une noblesse pastueña mais qui peut mettre en difficulté le torero qui manque de domination. Enfin pas de faiblesse de patte à déplorer. La vuelta de Regidor, cinquième de l'après-midi, récompensa surtout sa noblesse car il sortit bien vite de la seconde pique, mais aussi l'ensemble du lot. Il n'est pas impossible que, s'ils renouvellent de telles sorties, les buendías retrouvent leur place dans les ferias de catégorie.
Un mot sur les hommes. D'une part nous sommes en début de temporada, d'autre part les novilleros ne peuvent être jugés avec les mêmes critères que les maestros confirmés. C'est pourquoi je ne mentionnerai que ce qui m'est apparu positif dans leur actuacion de ce jour.
Daniel Luque fit preuve d'une parfaite discrétion.
Perez Mota montra une certaine élégance.
Quant à El Santo, il se révéla dominateur et concis face au troisième, puis il donna un excellent quite par chicuelina au cinquième; ses mises en suertes au cheval sont également à mettre à son crédit.

La corrida-concours
Le principe d'une corrida-concours impose d'analyser le comportement de chaque toro.
L'exemplaire de Palha est un magnifique tío castaño de 505 kg qui impose le respect par sa présence. Il remate violemment aux tablas puis se montre distrait face au piquero et tape dans le matelas en faisant sonner les étriers. Très réservé aux banderilles (il refuse à plusieurs reprises de quitter les tablas pour répondre à l'appel de Padilla) ainsi que dans la muleta. Pitos.
Le toro de Victorino Martin n'a physiquement rien à voir avec celui de l'affiche. Laid, faible, innocent, les pointes en balais, il est arrastré sous la bronca.
Juncal, un colorado de Cebada Gago manque un peu de présence physique. Il part de loin pour quatre piques, la dernière en poussant bien. Hélas, il a déjà fléchi après la première et sa faiblesse ne lui permet pas d'exprimer toute sa noblesse lors du dernier tercio. Palmas.
La ganaderia Esteban Isidro (élevage de l'empresa) a envoyé un gros patapouf de 600 kg tel que le campo charro en produit en nombre depuis quelques années. Il fait illusion en partant de loin sur les deux premières piques, mais il rompt le combat à la troisième rencontre. Il passe beaucoup de temps de sa vie publique à gratter le sable de la plaza. Silence.
Le représentant d' Alcurrucén est une estampe. Ensellé comme les toros des gravures de Goya, sans un atome de graisse malgré ses 545 kg, negro axiblanco giron, très bien armé. Il affiche d'entrée sa réserve face à la cape de Lopez Chaves. Grâce à la maestria du piquero Miguel Angel Herrero, le tercio de pique sera très intéressant. En partant de loin et en poussant par à coup lors des deux premières rencontres, le toro trompera son monde. Mais, après avoir longuement hésité, il sort en ruant des deux piques suivantes, affichant ainsi sa condition de manso. Pas une passe au dernier tiers, non pas en raison d'un excès de châtiment, mais par absence de caste. Palmas à l'arrastre.
Solterón de Fuente Ymbro, avec son armure bizca, fait craindre le desecho. Pourtant il s'engouffre avec codicia dans la cape d'Antonio Barrera. Puis, sous l'ovation, il se précipite au galop, dès le premier appel, vers le piquero. Et ce trois fois de suite. Il poursuit le banderillero jusqu'aux tablas et se montre noble sur les deux cornes au cours de la faena. Il meurt en résistant. Un très bon toro qui méritait bien le prix accordé par le jury au toro le plus brave du concours. A vrai dire, il n'eut pas de concurrent sérieux, seul le Cebada Gago avec davantage de poder aurait pu être en mesure de lui disputer la suprématie.
Malgré quelques bas, ce fut une corrida-concours intéressante durant laquelle le tercio de pique fut mené comme il se doit, ce qui a permis au public de vibrer à l'unisson des charges des toros contre la cavalerie. Tous les toreros ont joué le jeu et ont fait preuve, dans l'ensemble, d'oficio.
Prix au meilleur toro: Solterón de Fuente Ymbro.
Prix au meilleur picador: Miguel Angel Herrero de la cuadrilla de Lopez Chaves.
Prix au meilleur peon de brega: Manuel Soto de la cuadrilla de Juan José Padilla.

dimanche 4 mars 2007

Afeitado

Une des plaies de la corrida est la pratique de l'afeitado. Il s'agit même d'une véritable perversion de l'art taurin puisqu'il en dénature complètement le sens. Dès lors que le toro est privé d'une partie de ses défenses naturelles, la corrida n'est plus qu'une parodie d'elle-même. Il lui manque ce qui en fait la substance: l'affrontement avec la mort. Car cette idée de mort s'incarne parfaitement dans l'armure astifina du toro de combat. Et même si l'on sait qu'une corne afeitée peut tuer, il manque et manquera toujours à ce qui est fait devant un animal aux armures réduites le sentiment du tragique. Le spectacle le plus extraordinaire du monde devient alors un divertissement ridicule et honteux.
Pour lutter contre cette pratique les principales villes taurines françaises ont décidé de faire analyser certaines cornes des toros combattus dans leurs arènes. L'initiative est louable mais on a l'impression que nos élus n'ont accompli qu'une partie du chemin. Car, si j'ai bien compris le système, un éleveur a la possibilité d'envoyer dans nos arènes 5 toros afeités sur 6 sans encourir la moindre sanction: 2 toros arreglados + 2 toros afeités non analysés + 1 toro reconnu afeité par l'analyse. Je ne vois pas, dans ces conditions, où se situe la lutte contre l'afeitado.
Toutefois ces contrôles ne sont pas sans mérites. Les analyses semblent pratiquées avec sérieux et rigueur et elles donnent lieu à une publication officielle, ce qui permet de mettre en évidence les arènes et les éleveurs qui respectent leur public. Pour consulter les résultats officiels voir le site de l'UVTF ou celui de l'ANDA .
Pour 2006, les arènes qui ont présenté le plus de toros manipulés (toutes catégories confondues: arreglo, une corne, deux cornes) sont Bayonne et Dax avec douze toros chacune. Il est à noter que Nîmes, en raison de son riche passé et présent, est hors-concours.
La plus respectueuse de l'éthique de la corrida a été Vic Fezensac (1 toro arréglé).
Les élevages qui ont le plus manipulé les cornes de leurs toros:
Antonio Bañuelos 6 (tous arreglados, muy listo el señor Antonio)
Garcigrande 5
Adelaida Rodriguez 5
Victoriano del Rio 5
Mercedes Perez Tabernero 4
Auxquels il faut ajouter El Pilar, pris par la patrouille de Nîmes, pourtant peu zélée.
Enfin honneur aux élevages qui ont fourni des corridas limpias:
Salvador Domecq (Bayonne)
Samuel Flores (Dax)
Francisco Galache (Vic Fezensac)
Hoyo de la Gitana (Vic Fezensac)
Robert Margé (Mont de Marsan)
Sanchez Arjona (Béziers)
Yonnet (Arles)

Personnellement, je tiendrai compte de ces résultats au moment de passer - ou pas - à la taquilla.